Leçon 27
Transports en tous genres I
1.
A neuf heures une, lundi matin, le téléphone sonne chez les Belleau. Mireille, qui, par hasard, se trouve près du téléphone, décroche.
Mireille: Allô!
La voix: Allô… L’Armée du Salut?
Mireille: Ah, non, Madame, ce n’est pas l’Armée du Salut; vous vous êtes trompée de numéro. C’est la caserne des pompiers, ici. Vous avez un faux numéro.
La voix: Ah? Je me suis trompée de numéro?
Mireille: Oui, vous vous êtes trompée de numéro, Madame.
La voix: Ah, excusez-moi, Mademoiselle, excusez-moi…
Mireille: Il n’y a pas de mal, Madame, ce n’est pas grave… Vous voulez l’Armée du Salut?
La voix: Oui, l’Armée du Salut.
Mireille: Attendez, je vais vérifier le numéro. Ne quittez pas— Allô! Madame, c’est le 43-87-41-19.
La voix: Ah, vous êtes bien aimable, Mademoiselle. Je vous remercie, Mademoiselle.
Mireille: De rien, de rien, il n’y a pas de quoi, je vous en prie, c’est la moindre des choses. Au revoir, Madame.
2.
Mireille raccroche. A neuf heures trois, le téléphone sonne de nouveau. Mireille décroche aussitôt.
Mireille: Allô, ici l’Armée du Salut, le Major Barbara à l’appareil!
Robert: Allô … est-ce que je pourrais parler à Mademoiselle Mireille Belleau, s’il vous plaît?
Mireille (riant): Ah, c’est vous, Robert! Comment allez-vous?
Robert: Ça va, merci. Vous aussi? Je… je vous téléphone parce que… l’autre soir, vendredi, vous m’avez dit de vous téléphoner ce matin. Je… voulais vous demander quand je pourrais vous revoir… enfin… si vous vouliez…
Mireille: C’est gentil, mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, je dois aller à Chartres.
Robert: Mais je croyais que vous étiez allée à Chartres l’autre jour, jeudi.
Mireille: Non, jeudi je n’ai pas pu y aller, mais aujourd’hui, je dois absolument y aller.
3.
Robert: Moi aussi, je devrais aller à Chartres…. La cathédrale! Est-ce que je ne pourrais pas y aller avec vous?
Mireille: Oh, si vous y tenez… Mais vous savez, moi, je ne vais pas à Chartres pour voir la cathédrale. J’y vais pour aller au musée et pour parler au conservateur.
Robert: Ce n’est pas un problème: je pourrais visiter la cathédrale pendant que vous verriez ce monsieur!
Mireille: D’abord, le conservateur n’est pas un monsieur, c’est une dame. Et je trouve que vous arrangez bien facilement les choses!
Robert: Oh, vous savez, s’il n’y avait que des difficultés comme ça, la vie serait facile!… Et comment comptez-vous aller à Chartres? En auto? Par la route?
Mireille: Non, je n’ai pas de voiture.
Robert: Je pourrais en louer une, si vous vouliez!
Mireille: Non, c’est trop cher… et puis, avec une voiture de location, j’aurais trop peur de tomber en panne.
Robert: Si vous ne voulez pas louer de voiture, prenons l’autocar; ça ne doit pas être très cher.
Mireille: Non, l’autocar, ce n’est pas cher, mais ce n’est pas commode; ça ne va pas vite.
4.
Robert: Alors, allons-y en avion! Ça, au moins, c’est rapide!
Mireille: Mais non, voyons! On ne peut pas aller à Chartres en avion; c’est tout près! Chartres est trop près de Paris!
Robert: Et bien alors, si c’est tout près, allons-y à pied! J’aime bien marcher…
Mireille: Tout de même… ce n’est pas loin, mais ce n’est pas si près que ça!
Robert: Eh bien alors, allons-y à bicyclette, ou à cheval!
Mireille: Ah, à cheval, ce serait bien… mais je n’ai pas le temps.
Robert: Alors, si vous êtes pressée, allons-y à motocyclette! Vrrraoum! J’adore la moto. Pas vous?
Mireille: Ouh, je ne sais pas! C’est un peu dangereux! Et puis de toute façon, je n’ai pas de casque; et le casque est obligatoire, à moto.
Robert: Alors, je suppose qu’on ne peut pas y aller en bateau… Alors, qu’est-ce qu’il reste? L’hélicoptère? L’aéroglisseur?
Mireille: Il y a bien un service d’aéroglisseurs entre Boulogne et Douvres, mais pas entre Paris et Chartres. Et il n’y a pas de service d’hélicoptères non plus. Il y a bien les hélicoptères de la gendarmerie, mais ils ne prennent pas de passagers… sauf pour les transporter à l’hôpital…
5.
Robert: Alors, vous allez y aller en train?
Mireille: Oui, bien sûr! Vous avez devine! Le train, vous savez, c’est encore ce qu’il y a de mieux!
Robert: Chic! Je vais pouvoir prendre le TGV!
Mireille: Mais non, voyons! Il n’y a pas de TGV entre Paris et Chartres! Le TGV va trop vite, c’est trop près. Avec le TGV, on serait arrivé avant d’être parti ! Robert: TGV ou pas TGV, si vous vouliez bien, j’irais volontiers avec vous…
Mireille: Bon, eh bien, entendu! Rendez-vous à 11 heures à la gare Montparnasse, côté banlieue.
Robert: Comment est-ce qu’on va à la gare Montparnasse?
Mireille: C’est facile, vous n’avez qu’à prendre le métro.
Robert: Vous croyez?
Mireille: Oui, bien sûr! Pourquoi pas?
Robert: L’autre jour, j’ai voulu prendre le métro, et je me suis complètement perdu.
Mireille: Sans blague? Ce n’est pas possible! On ne peut pas se perdre dans le métro!
Robert: Moi, si!
Mireille: Eh bien, écoutez, ce n’est pas difficile. Vous prenez le métro à la station Odéon ou Saint-Michel; vous prenez la ligne Porte de Clignancourt-Porte d’Orléans, direction Porte d’Orléans. Attention! Vous ne prenez pas le métro qui va à la Porte de Clignancourt, vous prenez celui qui en vient et qui va à la Porte d’Orléans. Et vous descendez à Montparnasse-Bienvenue. C’est simple: c’est direct. Il n’y a pas de changement. Vous ne pouvez pas vous tromper. Vous achèterez un carnet de tickets, c’est moins cher.
6.
Dans le métro, Robert, l’homme qui se perd partout.
Face à lui, quatre portillons, deux couloirs, 100 kilomètres de tunnels, le plus grand réseau souterrain du monde! Une fois de plus, Robert va faire la preuve de son exceptionnelle facilité à se perdre… Robert, l’homme qui se
perd partout… enfin, presque partout.
… Quand Robert arrive à la gare Montparnasse, Mireille est déjà là; elle l’attend en lisant un journal.
Robert: Salut! Excusez-moi, je suis un peu en retard; j’ai failli me perdre… Où est le guichet?
Mireille: Là-bas.
Robert: Je prends deux aller-retours de première, n’est-ce pas?
Mireille: Non, un seul billet. J’ai déjà acheté mon billet. Et moi, je voyage en seconde. Alors si vous aviez l’intention par hasard de voyager dans le même wagon que moi, vous feriez mieux d’acheter un billet de seconde. Robert va acheter un billet au guichet.
Robert: Un aller-retour de seconde pour Chartres, s’il vous plaît. (Il revient en courant vers Mireille.) C’est par où?
Mireille: C’est par là… Hé! Il faut composter votre billet! Ils compostent tous deux leurs billets et montent dans le train qui part peu après, exactement à l’heure indiquée.
7.
Une douzaine de minutes plus tard, le train passe en gare de Versailles, sans s’arrêter.
Robert: Ah, Versailles! Le château, le Grand Trianon, les grilles, la Galerie des Glaces, le parc, les parterres dessinés par Le Nôtre, les bassins, le hameau de Marie-Antoinette… Je devrais aller à Versailles un de ces jours. Ce serait bien si je pouvais visiter ça avec une spécialiste d’histoire de l’art comme vous!
Mireille reste perdue dans ses pensées. Puis tout à coup…
Mireille: Je voulais vous dire… Nous ne devrions pas nous vouvoyer comme ça…
Robert ne comprend pas.
Mireille: Oui, nous vouvoyer, nous dire “vous.” Vous savez, les jeunes se tutoient très vite. Je ne voulais pas vous tutoyer devant les Courtois, l’autre jour, parce qu’ils sont un peu vieux jeu, mais j’ai l’habitude de tutoyer tous mes copains. Alors on peut se tutoyer?… A propos, mes parents aimeraient bien faire votre connaissance. Ils aimeraient vous avoir à dîner un de ces soirs. Les Courtois leur ont beaucoup parlé de vous. Jeudi soir, ça vous irait? Et on pourrait peut-être aller au cinéma, si vous voulez, après.
Robert: Oui, si vous voulez. Mais je croyais qu’on se tutoyait?
Leçon 28
Transports en tous genres II
Robert et Mireille viennent
d’arriver à Chartres.
Robert: 11 heures 43 Eh
bien, dis donc, le train est arrivé à l’heure pile!
Mireille: Evidemment! Les trains sont toujours à l’heure, en France; ils sont très ponctuels. Ils partent exactement à l’heure et ils arrivent exactement à l’heure.
Robert: Toujours?
Mireille: Oh, oui, toujours! Enfin… presque toujours!
2.
Ils sortent de la gare.
Mireille: Tu as faim? Bon, allons manger quelque chose rapidement dans un café en face. … Tiens, là-bas.
Ils s’installent à une table, consultent rapidement le menu. La serveuse s’approche. La serveuse: Bonjour,
Messieurs-dames. Robert: Bonjour, Madame. Mireille: Moi, je prendrai juste
une assiette de crudités. Robert: Pour moi, une assiette de
charcuterie, s’il vous plaît, et un
petit pichet de vin rouge. Mireille: Et une carafe d’eau, s’il
vous plaît. La serveuse: Oui, Mademoiselle,
tout de suite. (Elle s’en vay et
revient peu après avec la
commande.) Une assiette de
crudités, une assiette de
charcuterie, et le pichet de vin
rouge. Voilà. Bon appétit. Mireille: Et une carafe d’eau, s’il
vous plaît! La serveuse: Oui, Mademoiselle,
tout de suite (Elle apporte la
carafe.) Voilà. Mireille: Merci.
3.
Robert: Ton musée est près de la
cathédrale? Mireille: Oui, juste à côté. Robert: On va prendre un
taxi
Mireille: Mais tu plaisantes!
C’est tout près! On y va à pied!
C’est à dix minutes au plus.
Au moment où ils vont traverser la Promenade des Charbonniers, ils assistent à un accident: un vélomoteur qui sort trop vite d’une rue latérale heurte une camionnette qui, heureusement, roule très lentement. Le cycliste est projeté par-dessus le capot sur le trottoir d’en face, juste devant une pharmacie. Le cycliste se relève: “Ce n’est rien.” Mireille s’est approchée. Mireille: Vous ne vous êtes pas
fait mal? Le cycliste: Non, non, ça va. (Il
aperçoit la pharmacie et sourit.) Je
suis bien tombé!
Mireille: Là, tu as tous les
apôtres. Robert: Ils ont de belles têtes. Mireille: Et là, c’est le Christ, tu
vois, avec les pieds posés sur des
lions. Robert: Tu as vu tous ces
monstres? Mireille: Ah, oui, ça, c’est
l’Enfer. De ce côté, c’est l’Enfer,
et de l’autre côté, c’est le Paradis.
… Entrons à l’intérieur de la
cadiédrale, tu veux?
Robert: Tu ne vas pas au musée? Mireille: Si, tout à l’heure; j’ai le
temps, il n’est même pas deux
heures.
5.
Il y a très peu de monde dans la cathédrale. Quelqu’un joue du Bach à l’orgue. La lumière qui traverse les vitraux de la rosace projette des taches multicolores sur les dalles et sur les énormes piliers. Un rayon illumine un instant les cheveux
blonds de Mireille Robert est
très ému.
Ils sortent de la cathédrale.
Mireille: Bon, je vais y aller. Voyons, il est deux heures. Je te retrouve ici dans une heure, à trois heures pile. D’accord? Robert: D’accord. Mireille: A tout à l’heure. Robert admire le portail royal, les statues-colonnes des rois, et des reines avec leurs longs cheveux.
Puis il va regarder les magasins qui vendent des cartes postales, des cuivres, des guides, des dentelles, toutes sortes de bibelots. Il se demande s’il ne pourrait pas acheter un petit cadeau pour Mireille… mais il n’ose pas.
6.
Juste à ce moment, Robert croit voir Mireille qui sort du musée. Elle se trouve tout près d’un très beau jeune homme blond qui a l’air suédois. Elle remarque tout de suite sa silhouette sportive et ses jambes musclées. Il porte un short bleu extrêmement court. Elle trouve son visage agréable, et lui sourit. Il lui rend son sourire… et ils disparaissent derrière l’abside.
7.
Quelques instants plus tard, Mireille arrive comme une fleur devant le portail royal. Mireille: Tu vois, je suis
ponctuelle… comme les trains!
Je suis même en avance; il n’est
que 2h 59!
A ce moment, Robert remarque
le beau Suédois qui démarre
bruyamment dans une Alpine
rouge
Leçon 29
Transports en tous genres III
1.
Dans le train de Chartres, au
retour. Robert n’est pas de très
bonne humeur.
Robert: Il y a beaucoup de monde dans ton train! Tous les compartiments sont bondés. Non mais, c’est pas vrai! Toutes les places sont prises. Regarde-moi ça! Les gens sont serrés comme des sardines! Si j’avais su, je serais resté chez moi… ou j’aurais loué une voiture!
Mireille: Oui… ou tu serais venu à pied! Ne t’en fais pas, on ne va pas rester debout dans le couloir. Allons un peu plus loin,
on trouvera bien une place
Tiens, qu’est-ce que je te disais! Ce compartiment est vide… enfin, presque vide.
Il y a dans un coin un passager,
caché derrière un journal: l’homme
en noir…, Bizarre
Mireille et Robert s’installent et
continuent leur conversation.
Robert: Je ne comprends vraiment pas comment tu peux préférer le train à la voiture.
Mireille: J’apprécie la sncf …
Robert: La quoi?
Mireille: La Société Nationale des Chemins de fer Français… mais je n’ai rien contre la voiture, au contraire! J’aimerais bien avoir une petite voiture décapotable, ou au moins avec un toit ouvrant, et un grand coffre pour mettre mes valises avec toutes mes robes dedans, et un minivélo … une petite 205 Peugeot.
Robert: Tu ne préférerais pas une petite Alpine Renault, par hasard?
3.
Mireille: Ben, ça, bien sûr! Ça, c’est de la bagnole! La vraie voiture de sport, rapide, nerveuse, des reprises foudroyantes! Et comme tenue de route, c’est formidable! Ça se conduit avec le petit doigt. Et ça marche! Tu peux faire du 140 à l’heure toute une journée sans chauffer. Et comme freinage, impeccable! Quatre freins à disques assistés. … Et ça ne consomme presque rien: 6 litres et demi aux cent!
Robert: Eh bien, dis donc, tu as l’air de t’y connaître!
Mireille: Ben, forcément! C’est de naissance! Mon père est chez Renault…. Mais de toute façon, tout ça, ce n’est pas pour moi. Remarque que, d’une certaine façon, j’aime autant faire de l’auto-stop. Tous les avantages de la voiture sans les inconvénients.
Robert: Tu fais de l’auto-stop?
Mireille: Ça m’est arrivé. Une fois, je suis allée de Paris à Genève en stop. J’ai mis huit heures. Ce n’est pas mal!
Robert: Mais ce n’est pas dangereux? Tu n’as pas peur?
Mireille: Non.. .et puis, c’est ça, le charme!… Ça y est, on est arrivés.
Mireille et Robert descendent
du train et sortent de la gare
Montparnasse.
Robert: Si on allait dîner sur un
bateau-mouche? Ce serait bien!
Je t’invite. Ça peut être bien,
non? Avec tous les monuments
illuminés
Mireille: Penses-tu! C’est un truc pour les touristes américains, ça! Tu n’es pas un touriste américain, toi! De toute façon, ce soir, je ne suis pas libre. Je dois aller chez une amie, Boulevard
Saint-Germain Et l’autobus
est par là.
Robert: Comment? Ton chauffeur ne t’attend pas avec l’Alpine?
Mireille: Mon chauffeur? Ah,
non, pas ce soir. Ce soir, je lui ai
donné congé
Tiens, voilà mon bus qui arrive.
… Bon, à jeudi soir! N’oublie
pas que tu dînes à la maison.
Vers 7h et demie, 8h. Robert: Est-ce que je ne pourrais
pas te voir demain? Mireille: Non, impossible,
demain, je vais à Provins. Au
revoir! Et l’autobus démarre.
5.
“Une amie…” se dit Robert
“Ça ne m’étonnerait pas si cette amie avait un petit air suédois et de belles jambes musclées dans un petit short bleu ciel!”
Robert serait-il jaloux?
Il arrête un taxi: “Taxi! Boulevard Saint-Germain, s’il vous plaît!” Le chauffeur: Où est-ce que je
vous arrête? Robert: Euh… je ne sais pas. Le chauffeur: Ben, moi non
plus! Au café de Flore? Robert: Oui, c’est ça. Pas de Mireille ni de Suédois au Flore, ni aux Deux Magots, ni chez Lipp, ni au Drugstore, ni à la
Rhumerie Martiniquaise, ni chez Vagcnende, ni au Procope, ni au Tabou, ni au Riverside, ni au
Whisky à Gogo Où peut-elle
bien être?
Leçon 30
Transports en tous genres IV
1.
Le lendemain matin, dans le hall de réception du Home Latin. Robert n’a pas l’air en forme; on dirait qu’il a mal dormi cette nuit. Le patron de l’hôtel: Bonjour, Monsieur. Vous avez bien dormi? Robert: Oui… enfin… pas trop. Dites-moi, Provins, vous
connaissez? Le patron: Oui, bien sûr!
Robert: Vous pouvez me dire où
c’est?
Le patron: Eh bien, c’est vers
l’est… enfin, le sud Oui, c’est
ça, c’est le sud-est de Paris. Ce n’est pas très loin.
Robert: C’est du côté de Chartres?
Le patron: Ah, non, Chartres, c’est vers le sud-ouest! Provins, c’est au-dessus de Fontainebleau. … Vous connaissez?
Robert: Ah, merci. Vous savez où je pourrais louer une voiture?
Le patron: Ah, oui! Chez Avis,
Hertz, Europcar, Mattei
Pourquoi? Vous voulez louer une voiture?
Robert: Oui,
Le patron: Allez au garage Shell, en bas du Boulevard Raspail, si vous voulez. C’est un ami. Dites-lui que vous venez de ma part.
Robert: Merci.
2.
Au garage Shell.
Robert: Bonjour, Monsieur. Je viens de la part du propriétaire du Home Latin. Je voudrais louer une voiture pour la journée.
Le garagiste: Oui Qu’est-ce
que vous voulez? Une grosse voiture? Une petite voiture? Changement de vitesse automatique ou manuel? Tenez, j’ai là une Renault 11 toute neuve, 5 vitesses synchronisées au plancher. J’ai aussi une ex avec suspension hydraulique, c’est très confortable—
Robert: Oh, ça, ça m’est égal. Donnez-moi la moins chère. Cette R5, là-bas, par exemple. Il paraît que les R5, ce sont les moins chères. C’est vrai?
Le garagiste: Je regrette, mais elle n’est pas à louer. Je ne peux pas vous la donner. Mais si vous voulez, je peux vous donner une Peugeot 205.
Robert: C’est ce que vous avez de moins cher?
Le garagiste: Oui.
Robert: Bon C’est combien
pour la journée?
Le garagiste: 450F.
Robert: D’accord, je la prends.
3.
Le garagiste: Si vous voulez bien me donner votre permis de
conduire Ah, un permis
américain!
Quelques minutes plus tard, Robert
est au volant de la Peugeot.
Robert: Pour aller à
Fontainebleau, c’est par là?
Pendant ce temps-là, Mireille téléphone à son oncle Guillaume pour lui emprunter une voiture. Mireille: Allô, Tonton? C’est moi, Mireille. Dis-moi, je dois aller à Provins, voir mon amie Colette, tu sais, Colette Besson.
Est-ce que tu pourrais me prêter une voiture?
Oncle Guillaume: Mais oui, ma petite Mireille. Bien sûr! Prends celle que tu voudras, ça m’est égal.
Mireille: La ex?
Le garagiste: Oui. Remontez le boulevard Raspail, là, devant vous… vous connaissez bien Paris?
Robert: Non, pas trop.
Le garagiste (sortant un plan): Tenez, je vais vous montrer. Vous êtes ici. Vous remontez le boulevard Raspail jusqu’à Denfert-Rochereau, vous verrez, c’est une place avec un lion. Vous obliquez à droite pour prendre l’avenue du Général Leclerc. Vous la suivez jusqu’à la Porte d’Orléans, et là, vous prenez le boulevard périphérique sur la gauche. Vous n’aurez qu’à suivre les indications pour l’autoroute A6, direction Lyon. Il y a des panneaux partout. Il n’y a pas moyen de se tromper. Vous ne pouvez pas vous perdre.
Robert: Très bien. Merci! Au revoir.
Le garagiste: Au revoir! Bonne route!
Guillaume: Entendu. Prends-la au garage quand tu voudras. Je vais téléphoner pour les prévenir.
Mireille: Je te remercie. Au revoir!
5.
Pendant ce temps-là, Robert remonte le boulevard Raspail. Il arrive à la place Denfert-Rochereau, la place avec le lion… obliquer à droite… prendre l’avenue du Général Leclerc… la suivre, la suivre… jusqu’à la Porte d’Orléans.
Ça doit être ici Maintenant,
prendre le périphérique sur la gauche— L’autoroute A6. En direction de Lyon. Il y a des
panneaux partout Il n’y a pas
moyen de se tromper. Robert: Je ne peux pas me
perdre. Trois heures plus tard, Robert est complètement perdu à 300 km de Paris, en pleine Bourgogne. Il demande son chemin. Robert: Excusez-moi, Monsieur. La route de Paris, c’est bien par là? Le monsieur: Ah, vous vous trompez, jeune homme. La route de Paris, c’est à droite, là-bas. Par là, c’est Maçon. Vous êtes perdu.
6.
Voilà ce qui s’est passé.
A Fontainebleau, il a voulu sortir de l’autoroute pour remonter vers Provins.
Juste au moment où il sortait de l’échangeur, il a vu une Alpine avec une blonde dedans, qui s’engageait sur l’autoroute en direction de Lyon. Robert a fait aussitôt demi-tour et s’est lancé à sa poursuite.
Robert fonce, le pied au plancher, mais l’Alpine refuse de se laisser dépasser.
Juste avant Beaune, l’Alpine s’arrête pour prendre de l’essence.
La blonde descend de voiture et se dirige vers les toilettes. Ce n’est pas Mireille.
Ecoeuré, Robert sort de l’autoroute, et va se perdre dans les vignobles bourguignons: Aloxe-
Corton, Nuits-Saint-Georges, Vosne-Romanée, Vougeot,
Chambolle-Musigny, Gevrey-
Chambertin, Fixin
Leçon 31
Transports en tous genres V
1.
Robert est perdu en pleine Bourgogne. Il fait une étude
systématique des grands crus
Pendant ce temps, Mireille va chercher la voiture de Tonton Guillaume. Elle s’amène au garage, comme une fleur, met le contact; la voiture refuse de démarrer. Mireille: Je crois qu’elle est
morte. Elle ne veut pas démarrer. Le garagiste: Ah, ce n’est rien, ma petite demoiselle, les accus sont à plat, mais ne vous en faites pas. (Chantant.) Dans la vie faut pas s’en faire, moi je m’en fais
pas Ouais, elle est morte…
les accus sont à plat. Mais ne vous faites pas de bile, je vais arranger ça. Je vais vous prêter une autre voiture, une voiture de location qui vient de rentrer. Elle n’est pas très propre, mais ça vous dépannera.
2.
Celle-là démarre au quart de tour. Mireille: Bon, ça va. Merci! La
route est à nous! Au premier feu rouge, elle appuie sur le frein: aucun effet. Elle brûle le feu rouge… et continue comme une fleur. Heureusement, il y avait un frein à main! Elle s’arrête dans un garage. Mireille: Je n’ai plus de freins.
J’ai été obligée de brûler un feu
rouge!
Le garagiste: Voyons ça.
Ouvrez votre capot C’est bien
ce que je pensais, vous n’avez plus une goutte de fluide. Je vais arranger ça…. Voilà. Essayez votre frein, là, pour voir; pompez, pompez!… Ça marche?
Mireille: Oui, ça va.
Le garagiste: Eh bien, voilà! C’est arrangé! Ce n’était pas bien grave!
Mireille: Je vous dois combien?
Le garagiste: Pour vous, Mademoiselle, ça ne sera rien. Je ne vais pas vous faire payer pour ça!
Mireille: Mais si, enfin— Le
fluide, au moins
Le garagiste: Pfruitt! Ce n’est rien, allez! Au revoir, Mademoiselle, et soyez prudente!
3.
A la sortie de Paris, Porte des Lilas, au milieu d’un embouteillage, le moteur cale. Impossible de redémarrer.
Heureusement, deux jeunes gens, qui faisaient de l’auto-stop, la poussent jusqu’à une station-service. Le pompiste: Vous êtes en
panne? Mireille: Oui, je ne sais pas ce
que c’est… le moteur s’est arrêté.
Mireille: {regardant la jauge):
Non! Le pompiste: Eh bien, ça doit
être ça! Je vous fais le plein? Mireille: Oui, s’il vous plaît. Le pompiste: Essence, ou super? Mireille: Je ne sais pas— Bon,
allez, super! Le pompiste: Je vérifie les
niveaux? Mireille: Oui, je crois qu’il vaut
mieux
Le pompiste: … C’est bon! Mireille: Merci! La route est à nous!
4.
Et Mireille repart, sans les deux auto-stoppeurs qu’une Mercedes suisse vient de ramasser.
A quelques kilomètres de Provins, le pneu avant gauche crève, à la sortie d’un virage, et Mireille manque se retrouver dans le fossé. Elle se prépare à changer la roue, mais la roue de secours est à plat! Un cycliste arrive.
Le cycliste: Vous êtes en panne?
Mireille: J’ai crevé
Le cycliste: Je vais vous aider. Mireille: Ce n’est pas la peine,
ma roue de secours est à plat
Le cycliste: Ne vous en faites
pas, je vais vous envoyer un
dépanneur. Mireille: Oh, c’est gentil, merci!
5.
Mireille attend, en effeuillant des
marguerites, sur le bord de la route.
Mireille: Il m’aime, un peu,
beaucoup, passionnément, à la
folie, pas du tout Il va arriver
dans une heure, dans une demi-heure, dans un quart d’heure, dans cinq minutes, tout de suite,
pas du tout Tiens, le voilà!
Le dépanneur remorque la voiture jusqu’au garage. On répare les deux pneus, et Mireille repart. Elle n’a pas fait cent mètres qu’il se met à pleuvoir. Evidemment, les essuie-
glace ne marchent pas, et elle est obligée de conduire sous la pluie en se penchant à la portière. Elle arrive trempée chez les Besson. Colette: Qu’est-ce qui t’arrive?
Tu es en retard!… Et tu es toute
trempée! Mireille: Ne m’en parle pas! Colette: Entre!
Mireille: Non, attends! Je vais
d’abord essayer mes phares Ça
marche?
Colette: Non! Essaie encore
Non! Mireille: Ils ne marchent pas! Je
m’en doutais! J’en étais sûre!
Ecoute, je repars, pour être sûre
d’arriver avant la nuit.
6.
Juste comme elle arrive Porte des Lilas, un cycliste dérape devant elle. Elle donne un coup de volant pour l’éviter, puis elle met son clignotant … mais trop tard. Elle a accroché une autre voiture. Mireille: Mais vous ne pouviez
pas faire attention, non? Bilan: Une aile enfoncée, et une éraflure sur la portière de droite. Ah, quelle journée!… Vive le train!
Vers 23 heures, Mireille téléphone
au Home Latin.
Mireille: Allô, le Home Latin?
Monsieur Taylor, s’il vous plaît. La réception: Sa chambre ne
répond pas, Madame. Mireille: Vous êtes sûre? Sa clé
est là?
La réception: Oui, Madame. Sa clé est là. Il n’est pas rentré.
Mireille: Bon, je vous remercie.
Au revoir Onze heures
passées! Mais où peut-il bien être?
Où est Robert? Il est en Bourgogne!
Il continue, en chantant, son étude des grands vins de la région: “Quand je vois rougir ma trogne, je suis fier d’être bourguignon, et je suis fier, et je suis fier, et je suis fier d’être bourguignon!”
Leçon 32
Résidences I
1.
Jeudi soir, Robert va dîner chez les Belleau. Il est un peu perdu. Il arrête un passant.
2.
C’est un immeuble assez ancien, à cinq étages, avec un sixième étage sous le toit. Près de la porte d’entrée, il y a un bouton et un petit écriteau qui dit: “Sonnez et entrez.” Robert appuie sur le bouton, pousse la porte, et entre. La lumière s’éteint aussitôt! Le vestibule est sombre, et sent le pipi de chat. Robert cherche une liste des locataires. Il n’y en a pas. Il se
dit qu’il aurait dû demander à Mireille à quel étage elle habitait. Cela aurait été plus simple. Sur la porte vitrée de la loge de la concierge, il y a un écriteau qui dit: “Frappez fort.” Robert frappe:
aucun effet. Il frappe plus fort
La concierge: Oui! Qu’est-ce
que c’est? Entrez! Robert: Belleau, s’il vous plaît! La concierge: Gcorgctte
Belleau? Au cinquième, au fond
de la cour.
Robert: Pardon, Monsieur,
excusez-moi Je suis un peu
perdu. La rue de Vaugirard, s’il vous plaît? C’est par ici? C’est par là? C’est de quel côté? Le passant: Non, c’est par là. C’est tout près. Vous y êtes presque. Robert: Merci. Au revoir! Le passant: Je vous en prie. En effet, peu après, Robert débouche dans la rue de Vaugirard. “… 52, ça doit être par là. 54! Non, alors, c’est par ici. 46 … 28 …12! Il n’y a pas de 18? Ça n’existe pas? Ça, alors! Est-ce que Mireille m’aurait donné un faux numéro?”
Robert: Non, Monsieur et
Madame Belleau
La concierge: Ah, eux, ils
habitent au quatrième droite.
Prenez l’escalier, en face,
l’ascenseur ne marche pas.
3.
L’ascenseur est petit et paraît fragile. Même s’il avait marché, Robert aurait sans doute préféré monter à pied.
Au pied de l’escalier, au rez-de-chaussée, un petit écriteau ordonne: “Essuyez-vous les pieds.” Robert obéit: il s’essuie les pieds.
Arrivé sur le palier du quatrième, il remarque près de la porte de droite une petite carte de visite qui dit: “M. François Belleau, Ingénieur ecam.” Il donne un coup de sonnette discret.
Dans l’entrée, Robert remarque un grand vase avec une demi-douzaine de roses qui se reflètent dans un miroir, ce qui complète heureusement la douzaine. Marie-Laure: C’est l’Américain!
Colette: Voyons, Marie-Laure, veux-tu être polie! Qu’est-ce que c’est que ces manières?
Marie-Laure: C’est mon cowboy adoré! Salut, cowboy! Où est-ce que tu as laissé ton cheval?
Robert: Je Pai attaché dans le jardin, en bas.
Marie-Laure: Tu as bien fait. Parce qu’ici, on n’a pas de place. Et tu sais, on n’a pas trop l’habitude de recevoir des cowboys avec des chevaux.
Colette: Si vous voulez bien vous asseoir un instant au salon, je vais prévenir Madame Belleau.
Une jeune fille souriante ouvre. Ce
n’est pas Mireille.
Robert: Ah, excusez-moi, j’ai dû
me tromper. Je cherchais les
Belleau
La jeune fille: C’est bien ici,
vous ne vous êtes pas trompé.
Vous devez être Monsieur
Taylor, sans douter Je suis
Colette Besson, une amie de
Mireille. Entrez donc!
5.
La pièce dans laquelle se trouve Robert est une assez grande salle de séjour qui communique avec la salle à manger où la table est déjà mise pour sept couverts. Divan, quelques chaises, des fauteuils Louis XVI et Second Empire, un piano. Au mur, deux ou trois tableaux modernes. Madame Belleau entre, suivie de Monsieur Belleau. Mme Belleau: Monsieur Taylor! Je suis enchantée de faire votre connaissance. Les Courtois nous ont beaucoup parlé de vous!
M. Belleau: Monsieur Taylor, très heureux de vous connaître.
Enfin, c’est Mireille qui entre.
Mireille: Bonjour, Robert! Comment vas-tu? Je vois que tu as déjà fait la connaissance de mes parents!… Marie-Laure, éteins la télé, s’il te plaît!
6.
C’est le bulletin météo du journal
télévisé, et Robert, tout étonné,
reconnaît le présentateur: c’est
lui qui lui a indiqué la rue de
Vaugirard, quand il était un peu
perdu.
Robert: Mais je le connais, ce
monsieur! Mme Belleau: Vraiment? M. Belleau: Pas possible! Marie-Laure: Sans blague? Mireille: Tu connais Alain
Gillot-Pétré? Depuis quand? Robert: Depuis tout à l’heure. Je
l’ai rencontré dans la rue. J’étais
un peu perdu Il m’a indiqué
la rue de Vaugirard. Mme Belleau: Et il y a
longtemps que vous l’avez vu?
Robert: Non, tout à l’heure Il
y a une demi-heure, peut-être.
M. Belle au: Eh bien, il a fait vite pour aller au studio!
Robert: Il avait Pair pressé
Marie-Laure: Et tu lui as parlé?
Robert: Oui.
Marie-Laure: Il va peut-être
parler de toi: un cowboy
américain perdu dans les rues
de Paris
Mireille: Marie-Laure, tu es insupportable!
7.
M. Belleau: Dites donc, il fait bien chaud, ici. Allons un moment sur le balcon. Je vous montrerai la vue… une vue imprenable, comme vous voyez, avec les jardins du Luxembourg juste en face. Là, le Sénat, naturellement. Là-bas, à gauche, c’est le Panthéon, et sur la droite, là-bas, hélas, la Tour Montparnasse. Cinquante-huit étages! Une horreur! Une catastrophe! On la voit de tout Paris!
Robert: Et la Tour Eiffel, on ne la voit pas?
M. Belleau: Non, pas d’ici, elle est plus à droite. On la voit des pièces qui donnent sur la cour.
Venez, Monsieur Taylor Ici,
c’est notre chambre, là, la salle de bain… mais on ne peut pas voir la Tour Eiffel d’ici. On peut en apercevoir le sommet des pièces qui sont de ce côté, sur la cour.
Robert: Vous avez vraiment un très bel appartement.
M. Belleau et Robert reviennent
vers le salon, en passant devant la
cuisine.
M. Belleau: Eh bien, on dirait
que tout le monde est à la
cuisine!… Nous aimons bien cet
appartement. Nous habitions déjà
ici quand Mireille est née. Il est
très bien situé, en plein midi; il y
a beaucoup de soleil Excusez-
moi une minute, je vais préparer
les apéritifs.
Robert et Mireille sont un instant
seuls sur le balcon.
Robert: C’est vrai que vous avez une vue magnifique!
Mireille: Oui— Dis donc, je voulais te dire, mes parents ont invité un copain à moi, Hubert de Pinot-Chambrun. C’est un ami d’enfance. Il vient d’une famille très aristocratique. Il est toujours en train de parler de sa famille, de ses ancêtres, de leurs chasses, de leurs chevaux, de leurs
châteaux La famille possède
une grosse entreprise de construction…. Il ne faut pas trop le prendre au sérieux, parce qu’en fait, il joue, et il joue remarquablement bien son rôle de grand aristocrate. C’est un drôle de type, tu verras. Il est très amusant. Enfin, moi, il m’amuse; il m’amuse énormément.
Un coup de sonnette impérieux
Mireille: Tiens! Ça doit être lui!
Leçon 33
Résidences II
i.
Jeudi soir, appartement des Belleau. Un coup de sonnette impérieux. Marie-Laure: Ça, c’est Hubert!
Je reconnais son coup de
sonnette! Madame Belleau va ouvrir. Hubert (lui baisant la main):
Mes hommages, Madame. Mme Belleau: Hubert, quel
plaisir de vous voir! Merci pour
votre magnifique bouquet! Hubert: Mais je vous en prie,
Madame. C’est la moindre des
choses; je sais que vous aimez les
roses
Mme Belleau: Mais vraiment,
vous n’auriez pas dû
Marie-Laure: Bonsoir, Hubert! Hubert: Bonjour, toi!… Bonsoir,
Colette. (Il embrasse Mireille.) Ça
va? Tu es fraîche comme une
rose! Mireille présente Robert à Hubert, et tout le monde se dirige vers la salle à manger.
2.
Mme Belleau: Tout le monde à table! Voyons… Monsieur Taylor à ma droite, Hubert à ma gauche, Colette, Mireille à côté d’Hubert, et toi, Marie-Laure, à côté de Papa.
Tout le monde s’installe, se sert. Mme Belleau: Un peu plus de foie gras, Monsieur Taylor?
Robert: Ah, je veux bien. Il est délicieux.
Mme Belleau: C’est la maman
de Madame Courtois qui le fait
elle-même Marie-Laure, tiens-
toi bien, s’il te plaît, ou tu vas
aller dans ta chambre!
3.
Pendant le repas, Robert est un
peu surpris de la façon de parler
d’Hubert.
Hubert (à M. Belleau): Soyez sûr que je partage entièrement votre opinion, cher Monsieur! (A Mme Belleau,) Ayez la bonté de me
croire, chère Madame (A
Colette.) Veuillez avoir l’obli
geance de me passer le sel
(A Robert.) Cher Monsieur, sachez qu’il n’y a de bons vins qu’en France.
Robert: Est-ce qu’il y a de bons vins du côté de Provins?
Hubert: Oh, pour les grands
vins, il faut aller un peu plus loin,
jusqu’en Bourgogne
Robert: Ah, oui! Beaune, Aloxe-Corton, Nuits-Saint-Georges, Vosne-Romance, Vougeot, Chambolle-Musigny, Gevrey-
Chambertin, Fixin Oh oui, je
connais très bien! Excellent, excellent! (A Colette.) Si je comprends bien, Mademoiselle, vous habitez Provins?
Colette: Oui, mais je viens souvent à Paris; presque tous les jours, en fait.
Robert: Oui, je comprends… la province, ça doit être un peu ennuyeux….
Colette: Oh, non! Pas du tout!
Vous savez, entre Paris et la
province, moi, je crois que je
préfère la province. J’aime bien
Provins
Hubert: Province pour province, moi, je préfère la Provence à Provins!
Marie-Laure: Ce qu’il est bete!
Mme Belleau: Marie-Laure, tais-toi, s’il te plaît. Et tiens-toi bien!
Marie-Laure: Oh, si on ne peut même plus rire, maintenant!…
Colette: Notre villa n’est pas bien grande, mais nous avons un petit jardin avec quelques
pommiers au bout C’est
agréable. On se sent chez soi derrière les haies, les murs, la
grille C’est la campagne, et
pourtant je suis à Paris en une heure, au plus!
M. Belle au: Alors, comment ça va, la construction? Les affaires marchent?
Hubert: Ah, ne m’en parlez pas! Ce sont mes oncles qui s’en occupent; mais ils ne font rien de bien fascinant. On a fait pas mal
de choses intéressantes
Regardez la Défense, Beaubourg,
la Villette, le Palais Omnisport de Bercy, L’Opéra de la Bastille, le Grand Louvre, le Forum des
Halles Mais eux, mes oncles,
ils ne font que des cages à lapins, des hlm, des logements ouvriers … vous voyez le genre! Qu’est-ce que vous voulez, de nos jours, il n’y en a plus que pour la classe ouvrière! Les ouvriers veulent avoir le tout-à-I’égout, l’eau
courante, le chauffage central, le gaz, l’électricité… tout le confort moderne! Il leur faut des lave-vaisselle, des réfrigérateurs, des aspirateurs, des téléviseurs, des
vide-ordures Mais il y a
seulement cent ans, tous ces gens-là habitaient à dix dans une pièce sans éclairage, avec l’eau à la pompe et les cabinets au fond de la cour! Ils se débrouillaient
très bien sans baignoire ni bidet! Et ils n’étaient pas plus malheureux pour ça!
6.
Robert ne peut s’empêcher
d’intervenir.
Robert: Ils n’étaient pas plus malheureux pour ça? Ça, c’est vous qui le dites, cher Monsieur! Moi, je n’en suis pas si sûr que ça! J’aimerais vous voir, vous, loger à dix dans un taudis infect, sans votre bain quotidien, ou votre douche, sans votre téléphone, vos
ascenseurs, vos domestiques! Je ne suis pas sûr que vous seriez si heureux que ça! Sachez que la classe ouvrière a les même droits au confort que les descendants des oppresseurs du Moyen-Age! Mme Belleau: A propos de Moyen-Age, est-ce que vous êtes allés voir l’exposition des manuscrits carolingiens au Petit Palais?
Leçon 34
Résidences III
Jeudi soir. On est encore à table
chez les Belleau.
Mme Belleau: Colette, vous reprendrez bien un peu de foie gras, vous aimez ça…. Colette n’a plus de pain. Marie-Laurc, va chercher le pain, s’il te plaît.
Robert: Les loyers doivent être chers, dans ce quartier?
M. Belleau: Oui, assez. Mais nous, nous ne louons pas, nous sommes en co-propriété. Nous avons acheté l’appartement il y ; une vingtaine d’années. Chaque co-propriétaire paie sa part poui le chauffage, le traitement des gardiens, l’entretien, les réparations, le nettoyage périodique de la façade… mais au total, même avec toutes les charges, c’est plus économique que de louer.
2.
Hubert: Oui, bien sûr, la propriété, ça a ses avantages. Mais ça devient infernal. Ma famille possédait autrefois un domaine en Vendée, un petit château en Touraine, un autre en Bourgogne, avec quelques vignes, un manoir en Bretagne, un pavillon de chasse en Sologne, un mas en Provence, un chalet dans les Alpes, une gentilhommière dans le Périgord, et un cottage en Normandie… mais maintenant,
c’est devenu impossible, avec les impôts et surtout, surtout, le manque de domestiques. Car enfin, il faut bien le dire, on n’est plus servi!
Robert: Comme vous avez raison, cher ami!… Est-ce que vous voudriez bien me passer le sel, s’il vous plaît?
3.
M. Belle au: Nous, nous n’avons pas de problèmes de domestiques. Il faut dire que nous n’avons pas de grands domaines. Mais nous avons tout de même une petite maison à la campagne, qui nous sert de résidence secondaire, près de Dreux. C’était une petite maison de paysans qui était en très mauvais état quand nous l’avons achetée. Les portes ne fermaient pas, il n’y avait plus de vitres aux
fenêtres Nous avons fait
toutes les réparations nous-mêmes. Il a fallu remplacer presque toutes les tuiles du toit. Il a fallu tout repeindre, tout retapisser.
Toute la famille y a travaillé. Ça nous a pris deux ans pour la rendre habitable. On a fait amener l’eau, mettre l’électricité. On a transformé la grange en garage….
4.
Mireille: Ça, ce n’était pas le
plus difficile: il suffisait de laisser
tomber un » et d’ajouter un a
Colette: Oh, eh, arrête! Arrête tes jeux de mots absurdes!
Marie-Laure: Qu’est-ce que c’est, le jeu de mots absurde?
M. Belle au: Grange, garage: tu as grange, le mot grange^ et tu veux faire garage. Tu enlèves un w, et tu ajoutes un a. Tu vois?
Marie-Laure: Non.
M. Belle au: Va chercher ton scrabble, je vais te montrer.
Marie-Laure se lève. Mme Belleau,
qui n’a pas suivi la conversation
entre son mari et Marie-Laure, la
réprimande.
Mme Belleau: Marie-Laure, qu’est-ce que tu fais? Veux-tu bien t’asseoir!
Marie-Laure: C’est Papa qui
m’a dit
Mme Belleau: Ah bon—
Marie-Laure revient avec son scrabble.
M. Belleau: Alors, tu zsgrange, tu enlèves un w, tu ajoutes un », et tu as.. .garage. Voilà.
Marie-Laure: C’est ça? Ce n’était pas difficile!
5.
Pendant ce temps, Mme Belleau
continue sa conversation avec
Robert.
Mme Belleau: Ça se fait
beaucoup, depuis quelque temps. Les gens de la ville achètent de vieilles maisons de paysans. Ils les modernisent et ils s’en servent comme résidences secondaires… ils y viennent pour le week-end.
Robert: Je trouve ça triste, de voir les paysans chassés de leurs vieilles maisons.
Mireille: Mais on ne chasse personne! Ce sont de vieilles maisons abandonnées, qui tombent en ruine, la plupart du temps! En tout cas, nous, notre maison, on l’a bien gagnée! On y a drôlement travaillé! Elle est bien à nous!
6.
A ce moment, on entend un coup
de sonnette.
Mme Belleau: Il me semble qu’on a sonné. Marie-Laure, veux-tu bien aller voir, s’il te plaît?
Marie-Laure se lève et sort de la
pièce.
Un moment après, elle revient. Mme Belleau: Qu’est-ce que
c’était? Marie-Laure: Une bonne soeur. Mme Belleau: Qu’est-ce qu’elle
voulait? Marie-Laure: Elle voulait me
vendre des billets de loterie, pour
gagner un vieux prieuré du
XVIème siècle. M. Belleau: Qu’est-ce que c’est
que cette histoire? Et qu’est-ce
que tu as fait? Marie-Laure: Je lui ai dit que ça
ne nous intéressait pas; qu’on
avait déjà une résidence
secondaire, et qu’avec les impôts,
le manque de domestiques, ça
suffisait comme ça. Mme Belleau: Marie-Laure! Marie-Laure: Quoi? Ce n’est
pas vrai?
7.
Mme Belleau: Mais tu aurais dû
m’appeler, voyons! Cette pauvre
bonne soeur
Marie-Laure: Bah, ce n’était pas une vraie!
M. Belleau: Comment ça?
Marie-Laure: Ben non, c’était une fausse bonne soeur.
Mme Belleau: Comment le sais-tu?
Marie-Laure: Elle avait de la moustache!
Mme Belleau: Ce n’est pas une raison. Il y a sûrement des bonnes soeurs qui ont de la moustache—
Marie-Laure: Peut-être, oui. Tante Amélie, elle, elle a de la moustache. Mais elle, la bonne soeur, elle avait une moustache … comme ça!
Tout le monde: Bizarre, bizarre!
Leçon 35
Résidences IV
i.
Jeudi soir. On est toujours à table
chez les Belleau.
Mireille: Ah, ça, on peut dire qu’on y a travaillé, sur cette maison de Dreux! Ah la la! C’est sans doute pour ça que je m’y suis tellement attachée.
On sonne de nouveau. Tout le monde s’arrête de manger et de parler. Marie-Laure va ouvrir. Mme Belleau: Je me demande ce
que ça peut bien être. Marie-Laure revient. Mme Belleau: Alors, qu’est-ce
que c’était? Marie-Laure: Le frère de la
bonne soeur de tout à l’heure. Mme Belleau: Qu’est-ce que
c’est que cette histoire? Marie-Laure: Ben oui! Il avait
la même moustache qu’elle!
Marie-Laure: Il m’a demandé si je n’avais pas une grande soeur qui avait l’air d’une actrice de cinéma.
Mireille: Et qu’est-ce que tu as dit?
Marie-Laure: Ben, cette question! J’ai dit que non, bien sûr!
Mireille: Quel culot! C’était
peut-être la chance de ma vie de
faire du cinéma, et maintenant,
c’est raté…. Enfin
Mme Belleau: C’est vraiment bizarre.
Mireille: C’est vrai que j’ai longtemps voulu être actrice. Je rêvais d’aller à Hollywood, jouer l’Inconnue de l’Orient-Exprcss, voyager, descendre dans des
palaces Maintenant, je ne sais
pas; c’est fou ce que je me suis attachée à notre maison de campagne. Quand j’étais petite, je trouvais ridicule ce désir de beaucoup de Français d’avoir une petite maison à eux, le genre “Mon rêve,” “Mon repos.” Eh bien maintenant, en vieillissant, je commence à comprendre… avoir une petite maison bien à soi, même si elle est très modeste….
3.
Robert: Je vois— “Une chaumière et un coeur.”
Mireille: Notre maison n’est pas vraiment une chaumière… d’abord, le toit n’est pas en chaume, mais en tuiles.
Hubert: Oh, de la tuile? Vous ne préférez pas l’ardoise? Moi,
je trouve ça tellement plus
distingué
M. Belleau: Ah, l’ardoise, c’est
très joli, mais c’est plus cher. Robert: Et puis, ça doit être
joliment lourd! Hubert: C’est moins lourd que la
tuile, mais évidemment ce serait
trop lourd pour vos maisons en
bois!
Robert: Pourquoi dites-vous “nos” maisons en bois? Vous n’avez pas de maisons en bois, en France?
M. Belleau: Très peu. Quelques chalets en montagne, mais à part ça, on construit en dur: en pierre, en brique, ou en blocs de ciment. En France, on aime ce qui dure.
4.
Robert: Votre maison de campagne est en dur?
Mireille: Bien sûr! C’est de la belle pierre du pays! Les murs ont au moins deux ou trois cents ans, et je compte bien qu’ils seront encore debout pour mes arrière-petits-enfants!
Marie-Laure: Tu ne peux pas avoir d’arrière-petits-enfants!
Mireille: Et pourquoi ça?
Marie-Laure: Tu es trop jeune, tu n’es même pas mariée!
5.
Robert: J’ai lu dans Le Monde qu’il y avait plus de 300.000 étudiants à Paris. Où est-ce qu’ils habitent?
Mme Belleau: Eh bien, ça dépend. Ceux qui ont la chance d’avoir leurs parents à Paris, comme Mireille, habitent en général chez eux, bien sûr.
Robert: Et les étrangers?
Hubert: Certains habitent à la Cité Universitaire. La plupart des pays étrangers ont une maison à la Cité… d’autres habitent à l’hôtel, ou bien louent une chambre chez des particuliers.
Mireille: Il y en a qui habitent dans des familles. Ils ont leur chambre, un cabinet de toilette, et ils prennent leurs repas avec la famille, un seul repas ou pension complète.
Robert: Je croyais que les familles françaises étaient très fermées?
Mme Belleau: Oui, c’est assez vrai, dans un sens. Mais il y a des gens qui prennent des étrangers chez eux, parce qu’ils ont un appartement trop grand pour eux, et qu’ils ont besoin d’argent: des dames veuves, des retraités. … Il y a aussi des gens qui veulent donner des amis étrangers à leurs enfants.
6.
Robert: La famille Belleau n’aurait pas l’intention de recevoir des étrangers, par hasard?
Mme Belleau (riant): Oh, vous savez, nous n’avons pas un grand appartement! Nous n’avons que sept pièces, en comptant la cuisine et la salle de bain. Je ne suis ni veuve, ni retraitée, et Mireille n’a pas besoin qu’on lui trouve des amis étrangers; elle les
collectionne! En un an de fac, elle a réussi à connaître un Canadien, une Chilienne, une Algérienne, un Israélien, une Syrienne, un Tunisien, un Egyptien, une Italienne, une Japonaise, une Danoise, trois Anglais, une Allemande, deux Américains, un Roumain…
M. Belleau: … un Hongrois, un Turc, une Grecque, un Espagnol, une Russe, et un Suisse.
Mireille: Et tu oublies, un Suédois!
Leçon 36
Divertissements I
i.
2,
Jeudi soir, chez les Belleau. Le repas se termine enfin. Mme Belleau: Et si nous passions au salon?…
Il se fait tard.
Mme Belleau: Tu as vu l’heure qu’il est, Maric-Laure? Allez, au lit, tout de suite! Dis bonsoir.
Vous voulez une menthe, un
tilleul? (A son mari.) Et toi, tu
prendras ton infusion? M. Belleau: Oui, s’il te
plaît Vous désirez peut-être
un alcool, Monsieur Taylor?
Hubert? Oui? Je vais voir ce que
j’ai J’ai du Grand Marnier et
du cognac. Colette? Colette: Un petit Grand
Marnier. M. Belleau: Mireille, tu prends
quelque chose? Mireille: Oui, moi aussi, un
Grand Marnier. M. Belleau: Monsieur Taylor?
Hubert? Robert: Un Grand Marnier, s’il
vous plaît. Hubert: Non, moi, je préfère du
cognac, si vous permettez. M. Belleau: Il est très bon, très,
très bon Voilà. A votre santé.
Moi, je ne prends rien.
Après avoir embrassé ses parents, Marie-Laure est allée se coucher. Colette est partie vers 23 heures pour retourner à Provins. Colette: Oh la la, onze heures! Il
faut que je me sauve, je vais rater
mon train! M. et Mme Belleau se sont excusés peu après. Mme Belleau: Je crois que nous
ferions bien d’aller nous coucher. M. Belleau: Oui, excusez-nous,
nous avons pris l’habitude de
nous coucher tôt! Hubert: Bonsoir, Madame. Mes
hommages; et merci. Dormez
bien. J’espère que nous ne vous
avons pas trop fatigués Quel
délicieux repas! Mireille: Bonne nuit. Tu me
réveilles, demain matin, avant de
partir? Mme Belleau: Oui, ma chérie.
3.
Enfin, Hubert prend congé. Il est
plus de 23 heures.
Hubert: Bonsoir! A bientôt! On
se téléphone… on s’appelle…
demain?
Robert et Mireille restent seuls. Robert: Je suppose qu’il est trop
tard pour aller au cinéma,
maintenant! Mireille: Oui, j’en ai
peur Tu veux qu’on y aille
demain, en matinée? Robert: Demain matin? Mireille: Non, en matinée…
l’après-midi! Robert: Oui, si tu veux. Qu’est-ce
qu’on va voir?
Mireille: Je ne sais pas Tu
vois un Pariscope, par là? Robert: Qu’est-ce que c’est? Mireille: C’est comme l’Officiel
des spectacles Tiens, en voilà
un. C’est un programme des
spectacles: théâtre, danse, cinéma,
expositions, concerts, enfin, tout,
quoi! Ça donne tous les films qui
passent à Paris, classés par
quartiers et par genres. Robert: Par genres? Parce qu’en
France, même les films sont
masculins ou féminins?
4.
Mireille: Oh, ne fais pas l’idiot! Je veux dire qu’ils sont classés en films d’aventures, en westerns, comédies dramatiques, drames psychologiques, comédies musicales, erotiques, dessins
animés Il y a même un petit
résumé de chaque film.
Robert: Ah, bon! Qu’est-ce que tu vois d’intéressant?
Mireille: Voyons, qu’est-ce qu’on donne, cette semaine? La Cérémonie, de Nagisa Oshima, version originale. Comment est ton japonais?
Robert: Un peu rouillé. Quoi d’autre?
Mireille: Détachement féminin
rouge, version originale chinoise.
Le Grand silence, yougoslave. Robert: Non, sois sérieuse, il faut
que je puisse comprendre! Mireille: Oh, mais il y a
toujours des sous-titres! Tiens,
Trash, américain. Tu crois que tu comprendrais? Oh, mais ça ne va pas; c’est interdit aux moins de dix-huit ans. Robert: Oh, assez! Arrête! Ça suffit comme ça!
5.
Mireille (vérifiant la date du Pa-riscope): Oh, zut! De toute façon, c’est celui de la semaine dernière!
Robert: Et alors?
Mireille: Et alors, ce n’est plus
bon! Les programmes changent
toutes les semaines— On va
regarder sur le Minitel
Tiens! On passe UAmour l’après-midi au 14 Juillet-Parnasse.
Robert: Oh, ça, c’est un beau titre. Ça doit être très instructif.
Mireille: Oh, tu sais, j’ai peur que tu sois déçu. C’est un des six contes moraux d’Eric Rohmer.
Robert: Ça ne fait rien. Ça doit être très intéressant! Allons voir ça.
Mireille: Tu veux qu’on y aille?
Robert: Oui.
Mireille: D’accord, alors rendez-vous à 13h 30, à la terrasse de la Rotonde. C’est juste à côté. Tu n’auras qu’à prendre le métro et descendre à Vavin. C’est juste en face. Tu ne peux pas te tromper.
6.
Robert: Bon, entendu. Alors, à
demain, à… comment tu dis? Mireille: A la Rotonde,
Boulevard Montparnasse, métro
Vavin. Robert: D’accord, à la Rotonde,
à 13h 30.
Mireille: Je te raccompagne
Allez, bonsoir! Le bouton de la minuterie est là, à droite. Tu vois?
Robert: Où ça?
Mireille: Là! La petite lumière!
Robert: Là?
Mireille: Tu as deux minutes pour descendre.
Robert: Deux minutes? Pourquoi ça? Il faut que je descende en deux minutes? Qu’est-ce que c’est que cette histoire?
Mireille: Eh bien, oui! Quand tu appuies sur le bouton, la lumière reste allumée deux minutes, et puis elle s’éteint. On a l’habitude de l’économie, en France! Il faut que tu comprennes ça!
Robert: Ils sont fous, ces Français!
Mireille: Mais non, nous ne sommes pas fous! Nous économisons l’énergie. Allez, dépêche-toi, ça va s’éteindre!
Robert: Bonsoir! …(La lumière s’éteint.) Ah, zut!
Vendredi après-midi, deux heures moins le quart. Mireille attend depuis un quart d’heure à la terrasse de la Rotonde. A la table à côté est assis un monsieur d’une quarantaine d’années. Il a une moustache noire, les ongles noirs. Il est tout habillé de noir: chapeau noir, cravate noire, complet noir, imperméable noir, chaussures noires. Il a aussi une chaussette noire, mais l’autre est rouge. Il a posé une paire de lunettes noires à côté de sa tasse de café (noir, bien sûr). Il cligne d’un oeil, puis de l’autre, puis des deux. Ce tic agace prodigieusement
Mireille, qui va se lever et partir, quand elle aperçoit Robert, assis à la terrasse du café d’en face.
Leçon 37
Divertissements II
2.
Il regarde nerveusement autour de lui, à droite, à gauche. Il regarde sa montre. Puis il lève les yeux, et, tout à coup, il semble découvrir qu’il y a un café en face. Il se lève comme un ressort, bondit, fait quelques pas en avant, s’arrête, revient en arrière, jette un billet sur la table, repart en courant,
3.
Robert: Je ne suis pas en retard,
non?
Mireille: Non, non De toute
façon, ça ne commence pas avant
deux heures. Tu veux qu’on y
aille? Robert: D’accord, on y va. Mireille: Allons-y!
s’élance sur le boulevard, sans regarder ni à droite, ni à gauche. Un coup de frein strident, un juron retentissant, mais incompréhensible.
Mireille a fermé les yeux; quand elle les rouvre, Robert est assis à côté d’elle.1
Robert: Deux places, s’il vous
plaît. Mireille: Attends! J’ai ma carte
d’étudiante, moi. Une place
étudiant, s’il vous plaît. La caissière: Voilà. Ça fait 64
francs. Mais il faut que vous
attendiez un peu; ce n’est pas
encore ouvert. Mireille: C’est dommage que
nous n’ayons pas pu venir lundi. Robert: Pourquoi? Mireille: Parce que c’est moins
cher le lundi. La caissière: Voilà, vous pouvez
entrer. Une ouvreuse prend leurs tickets et leur indique des places. L’ouvreuse: Ici, ça ira? Robert: Ce n’est pas un peu trop
loin de l’écran? L’ouvreuse: Alors ici?…Merci!
5.
Mireille: Tu as les tickets? Elle te les a rendus?
Robert: Oui… mais tu as entendu comme elle a dit “merci”? Son ton n’était pas
très aimable Et d’ailleurs,
pourquoi m’a-t-elle remercié? Je ne lui ai rien donné!
Mireille: Mais justement, c’est pour ça! Elle s’attendait à ce que nous lui donnions un pourboire!
Robert: Ah bon? Il faut donner un pourboire aux ouvreuses?
Mireille: Ben oui, c’est l’habitude.
Robert: Je ne savais pas! Tu aurais dû me le dire! Pourquoi ne me l’as-tu pas dit? Comment voulais-tu que je sache? Je ne suis pas au courant, moi!
Mireille: Ce n’est pas bien grave!
Robert: Quand est-ce que ça va commencer?
Mireille: Bientôt! Un peu de patience!
6.
Justement, les lumières s’éteignent.
On passe d’abord de la publicité.
Réclame pour du café, une planche
à voile, un dentrifice, un rasoir, du
cognac, de l’eau minérale, une
machine à écrire électronique, et
finalement des bonbons. A ce
moment précis, les lumières se
rallument, et les ouvreuses
deviennent vendeuses: “Demandez
dans la salle, bonbons, esqui
maux “
Robert: Tout ça, c’est très bien, mais ce n’est pas pour ça que je suis venu, moi! Moi, je suis venu pour voir L’Amour l’après-midi! Mireille: Mais oui! Ça va venir! Il faut que tu aies un peu de patience, voyons!
7.
En effet, les lumières s’éteignent. Robert: Je croyais que ça ne commencerait jamais. Dis, il faudra que tu m’expliques, si je ne comprends pas, hein? Promis? Mireille: Oui, je te ferai un petit dessin… mais tais-toi, maintenant! Un voisin: Chut! Ils ne vont pas bientôt se taire, ces deux-là? Ce qu’il y a des gens mal élevés, quand même! Le film raconte l’histoire d’un monsieur d’une trentaine d’années, un jeune cadre dynamique, sympathique, marié. Il retrouve une jeune femme un peu bohème qu’il connaissait avant son mariage, et qui se met en tête de le séduire.
Ils se rencontrent plusieurs fois, l’après-midi. Il est tenté, mais, au dernier moment, il s’échappe. Il
retourne à l’amour de sa femme,
l’après-midi, bien sûr.
Robert: Enfin, tout cela est très
moral
Mireille: Tout est bien qui finit bien, comme dit ma tante Georgette!
Leçon 38
Divertissements
i,
Robert part en courant.
Ils sortent du cinéma.
Robert: Et si on marchait un peu?
Mireille: Oui, je veux bien. J’adore me promener dans Paris. Tiens, allons du côté de Montparnasse. Il faut que tu fasses connaissance avec le quartier des artistes et des intellectuels.
Robert: Je croyais que c’était Saint-Germain-des-Prés?
Mireille: Oui— Ça a d’abord
été Montmartre, puis
Montparnasse, puis Saint-
Germain Tiens, Modigliani a
habité ici. Tu vois, tout ça, ce sont des ateliers de peintres.
Tout à coup, devant une librairie,
Robert s’arrête, l’air inquiet. Il
cherche dans ses poches.
Mireille: Qu’est-ce qu’il y a?
Robert: Mon passeport!
Mireille: Ben quoi? Tu Tas perdu?
Robert: Je ne sais pas! Je ne l’ai pas!
Mireille: Tu es sûr que tu l’avais? Tu ne l’as pas laissé dans ta chambre?
Robert: Tu crois? Je croyais que
je l’avais pris
Mireille: Ben, écoute, va voir! Je t’attends ici. Dépêche-toi!
Il revient bientôt avec sa veste en seersucker et son passeport. Mireille: Alors? Robert: Je l’ai. Il était dans ma
veste. Mireille: Eh bien, tu vois! Tout
va bien! Tout est bien qui finit
bien, comme dit ma tante
Georgettc!
2.
Et ils reprennent leur promenade
dans Montparnasse.
Mireille: Et voilà les cafés
littéraires; au début du siècle, on
y rencontrait Trotsky, Lénine,
Foujita, Picasso Alors, qu’est-
ce que tu as pensé du film? Ça t’a
plu?
Robert: Oui, bien sûr… mais à choisir, je crois que je préfère Ma Nuit chez Maud.
Mireille: Ah, oui? Quelle idée! Ça, alors! Pas moi! Ma Nuit chez Maud^ c’est un peu trop chaste. Il ne se passe rien! Il n’y a pas d’action. Ce ne sont que des discussions sur la religion, le
marxisme, le pari de Pascal Je
suppose qu’il y a des gens à qui
ça plaît C’est intéressant,
remarque, mais ce n’est pas du cinéma!
Robert: Pourquoi? Parce que pour toi, le cinéma, c’est la violence et l’érotisme? Kiss, kiss, pan, pan?
3.
Mireille: Mais non, pas du tout, je n’ai jamais dit ça! Mais je me demande si le vrai cinéma, ce n’était pas le muet, tu vois; les films de Chariot.
Robert: Chariot? Quel Chariot? De Gaulle?
Mireille: Mais ne fais pas l’idiot! Tu n’as jamais entendu parler de UEmigmnt, de La Ruée vers Pari Ça, c’est du cinéma! Il n’y avait pas besoin de bande sonore. Regarde Griffith, les Russes…
Eisenstein, Poudovkine Tout
est dans les images, le montage, le jeu des gros plans et des plans généraux.
Robert: Ah, bon! Alors, tu es contre le cinéma parlant! Et contre la couleur aussi, je suppose?
Mireille: Pas forcément, mais il
y a de merveilleux films en noir
et blanc
4.
Tout en parlant, ils sont passés
devant la statue de Rodin qui
représente Balzac.
Mireille: Un jour, quand Marie-Laure était petite, elle est passée là avec maman, et elle a dit: “Maman, regarde la vache!”
Puis ils sont passés devant le garage
où Robert a loué une voiture pour
aller à Provins.
Robert: C’est là que j’ai loué
une voiture, l’autre jour, quand
je suis allé me promener en
Bourgogne
Puis ils ont suivi le Boulevard
Saint-Germain jusqu’à l’Assemblée
Nationale.
Mireille: C’est là que nos députés préparent les projets de
lois Ensuite, ils les envoient
en face de chez nous, au Sénat.
5.
Ils ont traversé la Seine sur le Pont
de la Concorde, où ils se sont
arrêtés un instant.
Mireille: A droite, là-bas, c’est le musée d’Orsay. Autrefois, c’était une gare. Maintenant, c’est un musée du XIXème siècle. Et au
fond, là-bas, on aperçoit l’Ile de la Cité, et, à gauche, le Louvre et
le jardin des Tuileries Là-bas,
en face, au fond de la Rue Royale, c’est l’église de la Madeleine. C’est là que Maman veut que je me marie… à cause
de l’escalier Et à gauche, la
maison blanche derrière les
arbres, c’est l’ambassade américaine. C’esr là qu’il faudra que tu ailles la prochaine fois que tu perdras ton passeport!… Tu ne l’as pas encore perdu?
Robert: Non, ça va, je l’ai— Au milieu de la place, c’est l’Obélisque, j’imagine. Allons voir de plus près. J’aimerais bien essayer de déchiffrer quelques hiéroglyphes.
Mireille: Mais non! Tu es fou! Tu ne vois pas cette circulation? On va se faire écraser!1 Allons plutôt du côté des Champs-Elysées.
6.
Dans les allées derrière le Petit Palais, c’est le calme et le silence. Quelques moineaux se baignent dans la poussière.
Deux militaires en permission arrivent en sens inverse. La veste en seersucker de Robert semble les amuser.
L’un des soldats (à l’autre): Eh, dis, tu as vu le garçon-boucher qui promène sa nana? Mireille se retourne et, sans un mot, en trois gestes précis, elle l’envoie rouler dans la poussière… à la grande surprise des moineaux
qui s’envolent, et de Robert
Robert: Qu’est-ce qui te prend? Tu ne crois pas que tu y vas un peu fort, non?
Mireille: Je n’aime pas qu’on se moque des gens! Et puis, il fallait que je fasse un peu d’exercice; j’ai manqué ma leçon de karaté, samedi. Je commençais à me rouiller un petit peu. J’ai un peu
soif, tiens Si on allait boire
quelque chose?
Robert: Si tu veux
Et Robert, écœuré, jette sa veste en
seersucker.
Mireille: Mais qu’est-ce que tu fais? Ça ne va pas, non? Ils sont fous, ces Américains! En France, on a le sens de l’économie!
Elle ramasse la veste, et ils vont
s’asseoir à la terrasse du Fouquet’s.
La scène se passe sur les Champs-Elysées. Les deux jeunes premiers, Robert et Mireille, sont assis à la terrasse d’un grand café, le Fouquefs.
Robert: Il va falloir que j’aille au théâtre, un de ces jours. Il faut que tu me dises ce que je devrais voir. J’ai acheté l’Officiel des spectacles ce matin. C’est fou le nombre de théâtres qu’il y a à Paris! Mireille: II doit y en avoir une quarantaine, je pense, sans compter une vingtaine de théâtres en banlieue, plus tous les cafés-théâtres. Remarque que beaucoup sont minuscules. Au théâtre de Poche-Montparnasse, par exemple, ou au théâtre de la Huchette, je ne crois pas qu’il y ait cent places.
2.
Robert: Alors, qu’est-ce que tu
me conseilles?
Mireille: Je ne sais pas, moi
Tu pourrais commencer par les
salles subventionnées… Robert: Qu’est-ce que c’est que
ça? Mireille: Eh bien, les théâtres
nationaux, ceux qui reçoivent des
subventions de l’Etat, comme la
Comédie-Française, par exemple.
Leçon 39
Divertissements IV
Robert: Ah oui, la Comcdic-Française, je connais, j’en ai entendu parler. Est-ce que c’est bien? Ça vaut la peine d’y aller?
Mireille: Oh oui, très bien! Evidemment, on ne peut pas dire que ce soit du théâtre d’avant-garde, non. On y joue plutôt des pièces du répertoire classique: Molière, Racine, Labiche,
Claudel Mais c’est toujours
très bien joué, la mise en scène est toujours très soignée. C’est un spectacle de qualité. Tu en as pour ton argent!
3.
Robert: Bon! En dehors de ça, qu’est-ce que tu me conseilles?
Mireille: Je ne sais pas, ça
dépend de ce que tu aimes Il
y a tous les genres: tu as du théâtre expérimental, du théâtre d’avant-garde, des pièces d’Arrabal, d’Obaldia, des mises en scène de Chéreau, Vitez, Mnouchkine. Et puis tu as les pièces traditionnelles, le théâtre bien fait, Anouilh, Françoise
Dorin Et puis, il y a le théâtre
de boulevard, les comédies ultralégères, avec des histoires de ménage à trois… mais je ne pense pas que tu veuilles voir ça; ce n’est pas très profond. Ça ne doit pas faire beaucoup penser!
Robert: Mais qui est-ce qui t’a dit que j’avais envie de penser au théâtre?
Mireille: Oh! Eh bien, alors, va aux Folies-Bergère! Au Lido! Là, tu n’auras pas besoin de beaucoup penser; ça ne te fatiguera pas beaucoup les méninges. Mais je doute que ça vaille la peine.
4.
Robert: Tu veux un autre Gini?
Moi, je crois que je vais prendre
une autre bière. M ire île: Tiens! Mais voilà
quelqu’un que nous connaissons!
Mais c’est bien lui, c’est Hubert lui-même! Comme c’est bizarre, comme c’est curieux, et quelle coïncidence!
Hubert: Mireille!
Mireille: Hubert!
Hubert: Comment? Toi au Fouquefs?
Mireille: Qu’est-ce que tu fais là?
Hubert: Je passais— Je ne m’attendais pas à te voir! Quelle heureuse coïncidence! Je suis heureux de te voir!
Et Hubert s’installe, avec beaucoup
de sans-gêne.
Une table est libre à côté d’eux. Un jeune homme vient s’y asseoir. Il regarde Mireille avec insistance. Le jeune homme: Mais Mademoiselle, nous nous connaissons! Nous n’avons pas bavardé ensemble au Luxembourg, il y a quelques jours? Mais si, mais si! Vous portiez une ravissante jupe rouge.
Mireille: C’est bien possible! Le
hasard est si grand Je portais
une jupe rouge? Comme c’est curieux, comme c’est bizarre, et quelle coïncidence!
Jean-Pierre: Mais oui— Vous permettez?
Et il s’invite avec autant de sans-gêne qu’Hubert.
6.
Hubert (à Robert): Mais vous ne vous quittez plus, tous les deux! Avec un guide comme Mireille, vous allez bientôt connaître la France à fond, cher ami!
Robert: Mais je l’espère bien!
Hubert: Et quelles sont vos impressions?
Robert: Oh, excellentes, jusqu’à présent. Mais je ne connais pas encore grand-chose! Mireille vient de me faire découvrir VAmour l’après-midi.
Hubert: Ah, bon?
Robert: Vous connaissez? Vous aimez?… Ce n’est pas mal. Je dois dire que, dans l’ensemble, la France me plaît assez. Je ne fais que de très légères réserves. Par exemple, je suis tout à fait contre le pourboire aux ouvreuses dans les cinémas.
Hubert: Oh, là, je suis on ne peut plus d’accord avec vous, cher Monsieur. Le pourboire, c’est la honte de notre pays!
Mireille: Oh, tu sais, c’est
partout pareil
7.
Jean-Pierre: Il a raison. Ces
ouvreuses ne servent qu’à
déranger les gens. Elles ont
toujours le chic pour vous
aveugler avec leur torche au
moment le plus pathétique
Robert: Il faut bien que ces
pauvres femmes gagnent leur vie.
Ce n’est pas si grave que ça
Hubert: Pas si grave que ça? Il
s’agit de la dignité humaine! Le
pourboire dégrade l’homme… et
la femme. Il crée une mentalité
d’esclave
Robert: Seriez-vous contre l’esclavage? Je ne l’aurais pas cru!… Et que pensez-vous de la publicité dans les salles de cinéma?
Hubert: C’est une honte! Un scandale! On profite de la passivité du public! C’est un vol, un viol, pire; c’est un abus de confiance. La publicité ne sert qu’à créer des besoins artificiels. C’est le triomphe du mensonge, la dégradation de l’esprit humain!
Mireille: Allons, Hubert! Toujours les grands mots! Tu exagères! Il y a d’excellentes publicités; d’ailleurs, personne ne s’en plaint que toi!
Hubert: Eh bien, ça prouve à quel point le public est abruti!
8.
A ce moment-là, un couple d’amoureux se dirige vers la table que Jean-Pierre a laissée libre, et va s’y installer quand un homme tout en noir arrive, les bouscule et s’y asseoit à leur place.
dans la lecture de ce magazine. En fait, il écoute la conversation des jeunes gens avec une attention soutenue. Qui est-ce? Qui est ce mystérieux personnage? Le saurons-nous jamais? Peut-être pas— La vie est pleine de ces mystères. Il n’y a que dans la fiction que les énigmes se résolvent. Mystère… et boule de gomme, comme dirait Marie-Laure!
Leçon 40
Divertissements V
La terrasse du Fouquet’s. On entend des fragments de conversation un peu snobs: “Vous avez vu le dernier film de Godard? C’est absolument génial.”… “Vous trouvez?”… Quatre jeunes gens sont assis à une table.
A la table à côté, un homme tout
en noir les regarde avec attention.
Jean-Pierre (à voix basse): Vous avez vu les yeux du type, à côté?
Mireille: Eh bien, quoi? Qu’est-ce qu’ils ont, ses yeux? Il a un oeil qui dit zut à l’autre, comme mon oncle Victor?
Jean-Pierre: Non, ce sont les
deux! Ce sont ses deux yeux qui
disent zut à je ne sais pas qui
Robert: Comment ça?
Jean-Pierre: En morse!
Hubert: Qu’est-ce que c’est que cette histoire?
Jean-Pierre: Si, si, regardez: il cligne d’un oeil, c’est un point; il cligne des deux yeux, c’est un trait. Trait, trait, point, point: Z. Point, point, trait: U. Un point: T. Je croyais qu’il faisait de l’oeil à Mireille, mais non! C’est un message!
Hubert: Sûrement! Ça doit être un dangereux espion!
Mireille: Attention, il nous écoute. Reprenons la conversation comme si de rien n’était.
2.
Robert: … Quel est l’avenir du théâtre?
Jean-Pierre: Nul! L’avenir est au cinéma et à la télévision.
Hubert: C’est faux! Rien ne pourra jamais remplacer la présence de l’acteur vivant, en chair et en os.
Mireille: Hubert a raison. Le cinéma, c’est de la conserve. C’est mécanique. Tandis qu’au théâtre, l’acteur reste en contact avec le public. Au théâtre, un bon acteur modifie constamment son jeu d’après la réaction du public.
3.
Jean-Pierre: Oui, mais au
théâtre, le spectacle est éphémère, tandis qu’au cinéma, c’est fixé pour toujours. Avec les cinémathèques, à Chaillot, à Beaubourg, ou avec la vidéo, vous pouvez voir presque tous les bons films qui ont été tournés depuis que le cinéma existe. Le Misanthrope, mis en scène et joué par Molière, c’était sûrement génial, oui, mais personne ne pourra plus jamais le voir!
4.
Robert: Et puis, le cinéma
dispose de moyens tellement plus
considérables que le théâtre! Au
cinéma, on peut mettre deux
mille figurants dans une plaine de
Russie, avec des canons, des
charges de cavalerie, une armée
perdue dans la neige
Mireille: L’armée perdue dans la neige, moi j’ai vu ça au théâtre, dans Ubu Roi, sur une toute petite scène.
i
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‘ fcs§§ ™ WfiCHC
/ I ; J&-V.-.|MtJS L’UKRAINE
Il y avait tout simplement un bonhomme, avec une pancarte qui disait: “L’armée polonaise en marche dans l’Ukraine.”
5.
Robert: Oui, mais au cinéma, il
est plus facile de jouer avec le
temps et l’espace. Tous les
trucages sont possibles: on peut
transformer un monstre en prince
charmant, faire sauter la Tour
Eiffel, incendier la Tour
Montparnasse
Jean-Pierre: Et puis, au cinéma, il y a la possibilité de doublage dans toutes les langues.
Mireille: Ah, eh bien ça, je m’en passerais! Quelle horreur! Je déteste les films doublés. Il n’y a rien de plus faux!
Robert: Moi aussi, je préfère les V.O.1… avec des sous-titres pour les films japonais.
Mireille: Parce que son japonais est un peu rouillé!
6.
Jean-Pierre: Moi, il n’y a que le cinéma, le music-hall, et le cirque qui m’intéressent.
Hubert: Le cirque? “Panem et circenses!”2 Vous avez des goûts bien vulgaires. Parlez-moi plutôt du ballet, de la danse moderne ou classique. Mais le music-hall, c’est pour les voyeurs qui prennent leur pied à regarder des femmes nues en train de lever la jambe!
Jean-Pierre: Mais non, pas du tout! Le music-hall, c’est le conservatoire de la culture contemporaine. Je ne parle pas des spectacles de music-hall comme ceux des Folies-Bergère ou du Concert Mayol, non! Je veux dire les grands récitals de Montand ou, autrefois, Brel, Brassens à Bobino ou à l’Olympia. Et aussi les spectacles de cabaret et de café-théâtre avec Raymond Devos, Villeret, Coluche, Zouc—
7,
Mireille (à voix basse): Le type
nous écoute toujours? Jean-Pierre: Ça alors, c’est
bizarre! Mireille: Quoi, qu’est-ce qu’il
y a? Jean-Pierre: Il n’est plus là.
Mais à sa place, il y a une bonne soeur, tout en noir, qui lit La Croix, et on dirait qu’elle fait du morse avec sa cornette!
Leçon 41
Question de chance I
A la terrasse du Fouquefs; Mireille,
Hubert, Robert, Jean-Pierre.
Jean-Pierre: Garçon, l’addition!
Le garçon regarde ailleurs. Cinq
minutes après, Hubert fait signe au
garçon.
Hubert: Alors, elle vient, cette
addition? Aucun effet. Au bout de dix minutes, Mireille appelle le garçon. Mireille: Vous nous apportez
l’addition, s’il vous plaît? Le garçon: Tout de suite,
Mademoiselle
Et il se dirige vers une autre table.
Dix minutes après, Robert tente sa
chance.
Robert: Est-ce que nous
pourrions avoir l’addition, s’il
vous plaît?
2.
Robert tend un billet de 200F au garçon. Hubert, Jean-Pierre, et Mireille se détournent pudiquement. Le garçon pose son plateau plein de verres sur la table, pour rendre la monnaie à Robert. Le garçon: Alors, 135 et 5, 40,
et 10…. En rendant la monnaie, il laisse tomber une pièce. Tout le monde se précipite pour la ramasser. Le plateau tombe par terre; les verres se cassent en mille morceaux. Jean-Pierre: Et merde!1 Hubert: Ça, ce n’est pas de veine,
alors! Mireille: Mais non, au contraire,
ça porte bonheur; c’est du verre
blanc!
3.
Hubert a pris congé
Hubert: Bon, eh bien il ne me
reste plus qu’à prendre congé, en
vous remerciant. Au revoir tout
le monde.
Jean-Pierre est parti
Jean-Pierre: Bon, ben écoutez,
ciao, hein! Robert et Mireille se lèvent, eux aussi, et s’en vont. Ils descendent les Champs-Elysées. Robert note que plusieurs jeunes couples, et même des moins jeunes, se tiennent par la main. Il se demande s’il devrait prendre la main de Mireille, lui aussi… mais il n’ose pas.
Le garçon: Mais oui, Monsieur. Voilà, Monsieur. Ça fait 135F.
4.
Sur le trottoir, à côté d’un kiosque à journaux, il remarque un petit stand qui porte une pancarte:
LOTERIE NATIONALE. TIRAGE MERCREDI.
Robert: Dis-moi, est-ce qu’on gagne quelquefois à cette loterie?
Mireille: Oh, j’imagine que oui, mais moi, je n’ai jamais rien gagné. Il faut dire que je n’ai jamais acheté de billet. Ce n’est pas exactement contre mes principes, mais je n’aime pas beaucoup ça.
Robert: Ce n’est pas particulaire-ment dans mes principes non plus, mais j’aurais bien besoin
d’un peu d’argent frais La vie
a l’air d’être chère, en France! Et puis, il faut profiter de la chance!
Avec tout ce verre blanc cassé
Allez, achetons un billet. D’accord?
5.
Mireille: Si ça t’amuse De
toute façon, une partie de
l’argent va à une bonne oeuvre:
pour les tuberculeux, les maisons
de retraite pour les vieux, les
Ailes Brisées, les Gueules
Cassées
Robert: Allez, vas-y, choisis!
Mireille: Non, choisis, toi!
Robert: Non, toi!
Mireille: Mais non, pas moi. Je n’ai jamais de chance!
Robert: Mais si, mais si! Tu dois avoir beaucoup de chance en ce moment, tu viens de casser au moins douze verres blancs!
Mireille: Ce n’est pas moi qui les ai cassés, c’est toi!
Robert: Non, ce n’est pas moi, c’est toi!… En fait, non, c’est Hubert. Je l’ai vu. Mais ça ne fait rien. Vas-y! Prends n’importe quel billet, pourvu que les deux derniers chiffres fassent 9: 18, 27, 36, 45, 54, 63, 72, 81, 90.
Mireille: Pourquoi ça?
Robert: C’est évident! Tu as dix-
huit ans
Mireille: Presque dix-neuf!
Robert: Bon Tu habites au 18
(8 et 1, 9); les consommations ont coûté exactement 135F (3 et 1, 4, et 5, 9); et j’ai compté neuf couples, jeunes ou vieux, qui se tenaient par la main.
6.
Mireille choisit un billet vendu au profit d’une organisation qui s’occupe de bébés abandonnes, parce que le billet lui a plu tout de suite; il porte, sur fond bleu pâle,
un adorable poupon rose, et le numéro 63.728.127, série mr, ce qui fait beaucoup de 9, si on regarde bien, et des initiales
reconnaissables Robert voudrait
que Mireille garde le billet. Robert: Tiens, garde-le.
Mireille: Oh, non, pas moi.
J’aurais trop peur de le perdre. Robert: Tu perds les choses, roi? Mireille: Moi? Non! C’est toi
qui perds les choses et qui te
perds! Pas moi Mais quand
même, je préfère que ce soit toi qui le gardes. Il ne faudra pas oublier d’acheter le journal, jeudi
matin, pour voir la liste des gagnants. Robert: Oui, pour voir combien on a gagné!
Leçon 42
Question de chance
i.
Jeudi matin, à 7 heures 15, le téléphone sonne chez les Belleau. Mireille vient, à moitié endormie, à l’appareil.
“Nous avons gagné!” cric Robert.
Mireille: Nous avons gagné? Qui est-ce qui a gagné?
Robert: Nous! Toi et moi!
Mireille: Nous avons gagné quelque chose? Qu’est-ce que nous avons gagné?
Robert: 400.000 francs! Mais oui, c’est dans le journal! Tous les billets qui se terminent par les chiffres 8127 gagnent 400.000 francs!
Mireille: 400.000 balles! Ce billet de loterie gagne 400.000 francs?… Oh, mais tu n’as acheté qu’un dixième! Ça, c’est malin, alors! Je prends la peine de choisir un billet gagnant, pour la première fois de ma vie, et toi, tu n’achètes qu’un dixième! Ça ne fait que 40.000 francs.
2.
Robert: Qu’est-ce que c’est que cette histoire?
Mireille: Ben oui! Ce que nous avons acheté l’autre jour, ce n’est pas le billet entier, ce n’est qu’un dixième. Le billet a gagné 400.000F; chaque dixième a gagné 400.000F divisé par 10: ça fait 40.000. C’est simple, non?
Robert: Tu veux dire qu’on n’a gagné que 40.000F?
Mireille: Ben oui!… Remarque que ce n’est déjà pas si mal que ça! C’est déjà pas mal! Te voilà riche! Qu’est-ce que tu vas faire de cet argent?
Robert: Je ne sais pas Qu’est-
ce que tu suggères?
3.
Mireille: Eh bien, tu pourrais entretenir une danseuse de l’Opéra, bien que ça ne se fasse plus beaucoup aujourd’hui (c’était plutôt pour les riches banquiers du siècle dernier). … Tu pourrais acheter une île déserte dans le Pacifique, ou aller explorer les sources de l’Amazone; ça se fait beaucoup, ces temps-ci, les sources de l’Amazone. Mais avec 40.000F, tu n’iras pas loin: c’est cher, pour remonter l’Amazone!
Robert: Non. De toute façon, l’Amérique du Sud, je connais. Ça ne m’intéresse pas… à moins que tu viennes, bien sûr. Mais avec tous ces piranhas, ce n’est pas commode pour se baigner.
4.
Mireille: Oh, la France, tu sais, je connais un peu. J’avais d’autres
projets pour cet été J’avais
pense à la Yougoslavie, ou à la
Suède Ou alors les chutes du
Zambèzc, ou les chutes d’Iguaçu, ou les chutes du Niagara. Tu vois, ce qui m’attirerait, ce serait plutôt la nature sauvage, la grande nature américaine.
Robert: Ecoute, il faut que nous en parlions… mais pas au téléphone. On ne pourrait pas se voir?
Mireille: Quand?
Robert: Maintenant!
Mireille: Ben non, écoute! Tu as vu l’heure qu’il est? Il n’est même pas 7 heures et demie.
Je ne suis même pas habillée, et il
faut que je fasse déjeuner Marie-
Laure. Robert: Bon, alors à neuf heures. Mireille: Disons dix heures, au
Luxembourg, près de la Fontaine
Médicis. Robert: Bon, d’accord. A tout de
suite. Au revoir!
5.
Mireille téléphone aussitôt à
Hubert.
Mireille: Allô, Hubert! Qu’est-ce que tu fais à midi? Tu es libre? On déjeune ensemble? Où ça? … Rue de Rivoli, chez Angélina? OK, si tu veux. Bon, à midi et demie chez Angélina. Je t’embrasse. A tout à l’heure. Salut!
Et Mireille va préparer le petit
déjeuner.
Mireille: Alors, Marie-Laure, ça
y est? Tu es prête?
Marie-Laure: Oui, j’arrive Je
ne trouve pas mon livre de
français! Mireille: Dépêche-toi! Marie-Laure s’installe devant son bol de chocolat à la table de la cuisine, et se fait une tartine avec un fond de pot de confiture. Marie-Laure: La confiture, c’est
comme la culture. Moins on en a,
plus on Pétale… comme dit
Tante Georgette.
6.
Robert, lui, dès dix heures moins dix, fait les cent pas devant la Fontaine Médicis. Il a déjà acheté une carte de l’ensemble du réseau routier français, la carte Michelin numéro 989. Enfin, à dix heures dix, Mireille arrive.
Robert: Ah, te voilà! Tu as mis le
temps Ecoute, voilà ce que je
propose: avec nos 40.000F, on loue une voiture, et on part sur les routes.
Mireille: Eh là, eh là, doucement! Ne t’excite pas! Minute, papillon, je n’ai pas encore dit que je partais, moi!
Robert: Tu ne peux pas me laisser partir tout seul; je me perdrais! Tu sais bien que je suis venu en France pour me trouver. Tu verras, ce sera très amusant… on ira où on voudra, on pourra s’arrêter dans les Auberges de Jeunesse (il paraît que c’est très bon marché), on pourra faire du camping. Et puis, de temps en temps, avec tout l’argent qu’on a, on pourra descendre dans les palaces, rien que pour voir la tête
des clients quand ils nous verront arriver avec nos sacs à dos et nos sacs de couchage, et nos barbes de trois semaines!
7.
Mireille: Mais je n’ai aucune intention de me laisser pousser la barbe! Et puis, j’ai bien un sac de couchage, comme toutes les jeunes filles de bonne famille, mais je n’ai pas de sac à dos. Et puis, tu sais, je n’ai pas grand-chose comme matériel de camping.
Robert: Pas de problème. C’est simple; il n’y a qu’à en acheter.
Mireille: Si tu veux, mais rien ne presse. De toute façon, moi, je ne peux pas m’en aller avant quinze jours. J’ai un examen à passer de lundi en huit, et puis, il faut que je dise au revoir à mes enfants.
Robert: Quels enfants?
Mireille: Un groupe de gosses dont je m’occupe. Mais si tu veux, en attendant, on peut toujours aller faire un tour dans un magasin, si ça t’amuse. Ça n’engage à rien.
8.
Robert: Prenons un taxi. Maintenant qu’on roule sur l’or, on peut se payer ce luxe.
Mireille ouvre la portière et se
baisse pour entrer dans le taxi.
Soudain, elle recule avec un cri,
“Ah!” Elle referme la portière du
taxi qui démarre aussitôt.
Robert: Qu’est-ce qu’il y a?
Mireille: Rien… il était pris. Il y avait quelqu’un dedans. Un drôle de type, tout en noir. Il me semble que je l’ai déjà vu quelque part. Il a fait comme s’il voulait m’attraper le bras et me faire monter dans le taxi.
Robert: Tu es folle!
Mireille: Mais non, je t’assure!
Il a avancé vers moi une main
velue, horrible!… avec des
ongles en deuil
Robert: Bizarre, bizarre!
Leçon 43
Pensez vacances I
Aux Grands Magasins de la Samaritaine. Robert et Mireille sont sur l’escalier roulant. Ils arrivent au quatrième étage, où se trouve le rayon du camping. Robert: Quatrième… c’est ici. Pardon, Monsieur, nous avons l’intention de faire une grande randonnée. Nous voudrions voir ce que vous avez comme matériel de camping. Est-ce que vous pourriez nous conseiller? Le vendeur: Excusez-moi, le camping, ce n’est pas mon rayon. Je n’y connais rien. Moi, je suis au rayon des poissons rouges. Adressez-vous à mon collègue, là-bas.
Robert (au nouveau vendeur): Ça vaut combien, une tente comme celle-là?
Le vendeur: Ce modèle fait 955F. C’est une excellente occasion à ce prix-là. C’est une petite tente très pratique. C’est At la toile de coton imperméabilisée; vous avez un double toit, un tapis de sol indépendant, une porte avec fermeture à glissière.
Robert: Oui, ça a l’air pas
mal Et comme sacs à dos,
qu’est-ce que vous nous conseillez?
Le vendeur: Ça dépend de ce
que vous voulez y mettre
Robert: Eh bien, nos affaires…
des vêtements, et quelques
provisions
Le vendeur: Non, je veux dire:
combien vous voulez y mettre en
argent, combien vous voulez
dépenser, parce que nous en
avons à tous les prix. Tenez, voilà
un très bel article pour 1200F,
solide, léger, trois poches,
bretelles réglables
Mireille (à Robert): Tu dois avoir besoin d’un sac de couchage, non?
Robert: Oui, j’ai été idiot, je n’ai pas apporté le mien. (Au vendeur.) Qu’est-ce que vous auriez comme sacs de couchage?
Le vendeur: Là aussi, ça dépend de ce que vous voulez y mettre. … Tenez, ce modèle-ci est en solde. Il fait 174F. C’est du nylon, garni de fibres synthétiques. C’est ce qu’il y a de moins cher. Dans le haut de gamme, vous avez ça: c’est du duvet. C’est très chaud, très léger. C’est ce qu’on fait de mieux. Vous ne trouverez pas mieux. C’est le plus beau que nous ayons. En fait, celui-ci est le dernier que nous ayons dans ce modèle.
Mireille: Merci. Nous allons réfléchir. Nous reviendrons.
4.
Robert: Ce n’est pas de la blague! Il faudra qu’on revienne. Je ne suis pas équipé du tout; je n’ai rien! Tout ce que j’ai pour aller me promener dans la nature, c’est un maillot de bain. C’est un peu insuffisant!
Est-ce qu’on ne pourrait pas s’arrêter au rayon d’habillement, en descendant? Justement, c’est
là.
Mireille: Bon, écoute, tu achèteras tes caleçons tout seul. Tu sauras bien te débrouiller sans moi. Il n’y a pas de danger que tu te perdes. Il faut que je m’en aille. Je viens de me rappeler que j’ai rendez-vous avec Hubert. Je te laisse. Je suis curieuse de voir la tête qu’il fera quand je lui dirai que nous avons gagné à la loterie! Au revoir. On se téléphone?
Robert: Quand?
Mireille: Quand tu voudras!
Dans la rue, elle rencontre Jean-Pierre Bourdon, qu’elle ne reconnaît pas.
Jean-Pierre: Pardon, Mademoiselle, vous auriez du feu? Mireille (sans trop le regarder): Tenez, écoutez, voilà 10F, et allez vous acheter une boîte
d’allumettes Ah, c’est vous?
Quelle coïncidence! Jean-Pierre (la pièce de 10F dans la main) : Vous voilà bien généreuse!
Mireille: Je n’aime pas les
dragueurs Et vous n’allez pas
me croire, mais je viens de gagner à la Loterie Nationale.
Jean-Pierre: Ah? Vous avez gagné à la Loterie Nationale!
Mireille: Oui.
Jean-Pierre: Ah, mais ça ne
m’étonne pas! Avec tout ce verre
blanc cassé
Mireille: Ah, vous aussi, vous croyez au verre blanc cassé?
Jean-Pierre: Ah, non, non, moi, je ne suis pas superstitieux; mais le verre blanc cassé, alors là, ça marche à tous les coups. C’est vrai, ça ne rate jamais.
6.
Mireille: Vous croyez au verre
blanc cassé, mais vous n’êtes pas
superstitieux
Non, il n’est pas superstitieux pour
deux sous!
Mireille: Et vous passez sous les échelles, vous?
Jean-Pierre: Non, jamais, mais ça, ce n’est pas par superstition, c’est parce qu’une fois, il y en a une qui m’est tombée dessus… avec un pot de peinture.
Mireille: Et quand vous
renversez une salière sur la table, qu’est-ce que vous faites?
Jean-Pierre: Alors là, je prends un peu de sel et je le jette pardessus mon épaule gauche.
Mireille: Par-dessus votre épaule
gauche? Et pourquoi? Jean-Pierre: Eh bien, parce que
je suis droitier, tiens! Mireille: Et vous écrasez les
araignées? Jean-Pierre: Ah, les araignées,
ça dépend. Le matin seulement:
araignée du matin, chagrin;
araignée du soir, espoir. Mireille: Evidemment… Et
vous accepteriez d’être treize à
table? Jean-Pierre: Oui, bien sûr! Le
nombre treize m’a toujours porté
bonheur!
7.
A ce moment-là, Jean-Pierre lève un peu la tête pour regarder le numéro treize sur l’immeuble devant lequel ils passent, et il se fait mal à la jambe, en heurtant une borne sur le
trottoir: “Ah, ah… ah, si, si, ah “
Mireille: Bon, allez, ce n’est pas
la peine, ça ne marche pas, ce
truc-là, avec moi!… Vous ne
vous êtes pas fait mal? Jean-Pierre: Ah, si, ben si! Mireille: Bon, il faut que j’y
aille. Salut!
Avant d’aller retrouver Hubert,
Mireille va faire un tour place
Vendôme Elle arrive chez
Angélina, rue de Rivoli, où Hubert
l’attend pour déjeuner.
Mireille: Hubert! Tu ne devineras jamais! Je te le donne en mille!
Hubert: Puisque je ne devinerai jamais, dis-le moi tout de suite.
Mireille: Nous avons gagné à la loterie!
Hubert: Qui ça, “nous”?
Mireille: Eh bien, Robert et moi, pardi!
Hubert: C’est une honte! La loterie est une des institutions les plus immorales de notre triste époque. Il n’y a que le loto et le tiercé qui soient pires.
Mireille: Mais qu’est-ce que ça a de si honteux que ça, la loterie?
Hubert: D’abord, ça décourage les vertus capitales de notre société capitaliste: le travail, l’économie, l’épargne. Et puis, ça encourage la paresse; au lieu de compter sur leur travail, les gens ne comptent plus que sur leur chance. Ils vivent dans l’attente du jeudi matin.
Mireille: Mais je croyais que tu jouais aux courses à Longchamp?
Hubert: Ce n’est pas la même chose, parce que moi, je travaille pour l’amélioration de la race chevaline!
Leçon 44
Pensez vacances II
2.
Pendant ce temps, Robert essaie courageusement de faire quelques achats.
Il est au rayon des chaussures à la
Samaritaine.
Le vendeur: Vous cherchez des bottes?
Robert: Non. Je voudrais des chaussures que je puisse mettre pour conduire et pour faire de la marche. Quelque chose qui soit solide, mais pas trop lourd.
Le vendeur: Quelle est votre
pointure? Robert: Comment? Le vendeur: Du combien
chaussez-vous? Robert: Je chausse du onze et
demi. Le vendeur: Vous, du onze et
demi? Vous plaisantez! Vous
faites au moins du 43, je dirais
même du 44!
3.
Robert: Mais je vous assure! La dernière fois que j’ai acheté des chaussures (c’était à Boston, cet hiver), c’était du onze et demi. Tenez, ce sont justement celles que j’ai aux pieds.
Le vendeur: Eh bien, elles devaient être élastiques! Elles ont grandi depuis cet hiver. Du onze et demi! Vous autres Américains, vous ne dévaluez pas le dollar, mais vous avez certainement dévalué vos pointures! Asseyez-vous que je prenne vos mesures.
… 44 juste! C’est bien ce que je pensais. Je ne me trompe pas souvent. J’ai le compas dans l’oeil! Robert: Un compas dans l’oeil? Ça ne vous gêne pas pour prendre les mesures?
4.
Mireille arrive chez Tante Georgette, toujours très excitée.
5.
Georgette: 40.000F? Mais qu’est-ce que tu vas faire de tout cet argent?
Mireille: Ben, je ne sais pas. J’ai téléphoné à Cécile, tout à l’heure, pour lui annoncer la nouvelle; elle me conseille de garder l’argent pour quand je serai mariée. Son mari dit que je devrais acheter un terrain. Il dit que c’est le placement le plus sûr. Papa voudrait que j’achète des
tableaux qui vaudront des
millions dans dix ans Et toi,
qu’est-ce que tu me conseilles?
Georgette: C’est bien égoïste, tout ça! Moi, si j’étais toi, je ferais une donation à la spa.
Mireille: La spa? Qu’est-ce que c’est que ça?
Georgette: La Société Protectrice des Animaux, voyons! Et puis, tu pourrais m’aider pour mon cimetière de chiens. Pas vrai, Fido?
Georgette: Alors, qu’est-ce que ton père m’a dit? Tu as gagné à la loterie?
Mireille: Oui!
Georgette: Gagner à la Loterie Nationale, mon rêve! Mais aujourd’hui, il n’y en a plus que
pour les jeunes Eh bien, les
vieux n’ont plus qu’à crever dans
leur coin, ou trier des lentilles
Mireille: Attends, je vais faider.
Georgette: Ah, c’est Georges
qui les aimait, les lentilles
Mireille: Georges?
Georgette: Non, pas ton cousin,
non Georges, Georges de
Pignerol, il s’appelait. Tu ne l’as pas connu. Tes parents ne l’aimaient pas, ils ne voulaient pas le voir. Quel bel homme! Grand,
brun, distingué Je l’avais
rencontré, un soir, sur le Boulevard des Italiens. On avait pris un café. On se comprenait. … On voulait monter ensemble un salon de coiffure pour chiens. On avait réuni nos économies pour acheter un très beau magasin. Ton père n’était pas d’accord. Il a été très désagréable avec Georges. Georges ne l’a pas supporté. Il est parti; je ne l’ai
jamais revu Alors, dis-moi,
c’est combien que tu as gagné à la loterie?
6.
Robert est toujours au rayon des
chaussures
Le vendeur: Vous voulez des chaussures de montagne?
Robert: Non, j’ai peur que ça soit trop lourd. Tout de même, pour la marche, il vaudrait mieux des chaussures montantes, pas des souliers bas.
Le vendeur: Voilà ce qu’il vous
faut: des Pataugas. Ce sont des
chaussures montantes; ça tient
très bien la cheville, mais c’est
très souple, très léger. Vous avez
des semelles anti-dérapantes.
Avec ça, vous ne pouvez pas
glisser. Essayez-les, vous
verrez Comment vous vont-
elles?
Robert: Pas mal, mais celle de gauche me serre un peu.
Le vendeur: Ce n’est rien, vous vous y habituerez.
7.
Robert: Combien valent-elles?
Le vendeur: 450 francs.
Robert: Celle de droite est vraiment très bien, mais celle de gauche me serre vraiment…. Et si je ne prenais que celle de droite, ce serait combien?
Le vendeur: 450 francs. Je regrette, Monsieur, mais nous ne les vendons pas séparément.
Robert: Vraiment? Bon, alors tant pis, je prendrai la paire. Celle de droite est réellement très bien. Je m’y sens très bien!
Le vendeur: Vous n’avez pas besoin de sandales, d’espadrilles, de pantoufles?
Robert: Non, merci, pas aujourd’hui.
Leçon 45
Pensez vacances II
i.
Mireille téléphone à son oncle Guillaume.
2.
A quatre heures, Mireille arrive au salon de thé de la Grande Cascade. Guillaume: Alors, comme ça, tu
as gagné 40.000F? Qu’est-ce que
tu vas en faire?
Mireille: Je me le demande
Tante Georgette voudrait que je
lui donne de l’argent pour son
cimetière de chiens
Guillaume: Ah, ça, c’est bien elle! C’est Georgette, tout craché! Il y a des millions de gosses qui meurent de faim partout dans le monde, et tout ce qui l’intéresse, c’est d’assurer une sépulture décente aux toutous défunts! Quelle vieux chameau, cette Georgette!
Mireille: Allô, Tonton Guillaume? Devine ce qui m’arrive!
Guillaume: Tu te maries? Mireille: Mais non! C’est une
bonne nouvelle! C’est bien mieux
que ça! Guillaume: Alors, je ne vois pas. Mireille: Je viens de gagner
40.000F à la Loterie Nationale! Guillaume: Sans blague! Mais
c’est formidable, ça! Te voilà
riche Ecoute, il faut fêter ça!
Et Tonton Guillaume invite Mireille à prendre le thé à la Grande Cascade. Guillaume: Quatre heures, ça te
va? Bon, alors parfait. Je passe te
prendre? Mireille: Non, je me
débrouillerai. Guillaume: Tu es sûre? Bon,
alors à 4 heures. D’accord; à tout
à l’heure. Au revoir!
Mireille: Oh, tu n’es pas gentil, Tonton!… Tante Paulette a une autre idée: elle dit que je devrais lui acheter sa vieille bagnole.
Guillaume: Oh la la, méfie-toi! C’est une très belle voiture, mais elle n’a pas roulé depuis l’exode de 1940. Et puis, une voiture, moi, je peux toujours t’en prêter une! Tu n’as pas besoin de t’acheter une voiture! Avec l’assurance, l’essence, les réparations. … Il vaut mieux que tu te serves de celle de ton vieux tonton!
3.
Mireille: Philippe me conseille d’acheter des actions à la Bourse.
Guillaume: Aïe! Attention! La Bourse baisse, en ce moment. Ce n’est peut-être pas un bon investissement. Moi, je te conseillerais plutôt de faire quelques bons gueuletons avec des copains. Tu pourrais essayer tous les restaurants à trois étoiles de Paris. Tu garderais les menus; ça te ferait des souvenirs pour tes vieux jours. Les bons souvenirs, c’est encore la valeur la plus sûre.
Mireille: Oui, bien sûr, mais tu sais bien qu’il faut que je fasse attention à mon foie!
Guillaume: Poh, poh, poh! Encore une invention de ta mère, ça! Tu n’as pas le foie plus malade que les cinquante-cinq millions d’autres Français. Tu n’auras qu’à faire une cure d’eau de Vichy!
Mireille: Mais non! Tu sais très bien que depuis Pétain, Papa ne veut pas entendre parler de Vichy à la maison!
Guillaume: Il te reste encore Vittel, Evian, Badoit, Vais, et Volvic.
Mireille: De toute façon, je dois dire que l’idée de dépenser 300 ou 400F pour un repas, je trouve
ça presque immoral Non, tu
sais, je crois que je vais plutôt faire un voyage en France avec mon copain américain, tu sais,
Robert. D’ailleurs, l’argent est un peu à lui; c’est lui qui a payé le billet.
5.
Robert: Ce n’est pas vraiment
bleu foncé! Le vendeur: C’est le seul que
nous ayons dans votre taille.
Nous n’avons plus de bleu.
Celui-ci est jaune et blanc. Robert: C’est ce qui me
semblait
Le vendeur: Tenez, essayez-le
donc. {Robert, en garçon obéissant,
l’essaie.) Il vous va comme un gant! C’est exactement ce qu’il vous faut. Robert: Je n’aime toujours pas la
couleur Enfin, avec ça, je ne
passerai pas inaperçu; on me verra de loin! Si je me perds, on me retrouvera facilement. Je voudrais aussi un pantalon.
Robert, au rayon des vêtements
pour hommes
Le vendeur: On s’occupe de
vous? Robert: Non. Je voudrais un
blouson, ou une veste de sport,
peut-être. Quelque chose que je
puisse mettre en ville, et aussi
pour faire du camping. Le vendeur: Vous tenez à une
couleur particulière? Robert: Non, pas vraiment. Ça
m’est un peu égal. Bleu foncé,
peut-être? Et sourtout quelque
chose qui ne soit pas trop
salissant. Le vendeur: Vous faites quelle
taille? Robert: Ma foi, je ne sais pas. Le vendeur: Voyons. Permettez,
je vais prendre votre tour de
poitrine
Le vendeur: Vous devez faire 88
comme tour de taille Ah, non
.. . oo,
Tenez, voilà un très beau pantalon en velours côtelé. La couleur irait très bien avec votre blouson, non?… Tenez, voilà un article en tergal; c’est très beau comme tissu, ça tient très bien le pli, c’est à la fois, comment dirais-je?… Eh bien, je dirais tout simplement: sport et habille.
Vous voulez l’essayer? Robert: Non, ça a l’air d’aller. Je
le prends.
6.
Le vendeur: Vous n’avez pas besoin de chemises? C’est très bien pour le voyage, ça se lave très facilement; ça sèche en quelques minutes.
Robert: Non, merci.
Le vendeur: Des slips?
Robert {extrêmement étonné): Je ne porte pas de slips, moi!
Le vendeur: Des caleçons, alors?
Robert: Non, je ne porte plus de
Le vendeur (lui aussi extrêmement étonné): Mais alors, qu’est-ce que vous portez? Vous ne portez rien en-dessous?
Robert: Mais si, je porte ces
espèces de petits caleçons très
courts
Le vendeur: C’est bien ce que je
disais, des slips! Robert: Mais je croyais que les
slips, c’était pour les dames! Le vendeur: Ah oui, nous en
avons aussi pour les dames, mais
alors avec de la dentelle… c’est
plus féminin.
Robert: Non, merci. Avec ou sans dentelle, j’ai tout ce qu’il me faut.
7.
En sortant du magasin, Robert aperçoit un taxi qui semble l’attendre. Il y monte, et donne l’adresse du Home Latin. Le taxi démarre aussitôt, et fonce à travers la circulation parisienne, avec une rapidité et une maladresse inquiétantes. Il avance par bonds désordonnés. C’est une succession d’accélérations courtes et d’accélérations plus longues. Intrigué et vaguement inquiet, Robert cherche la cause de ce phénomène. Il remarque que c’est bien le pied du chauffeur qui imprime des secousses irréguliercs à l’accélérateur. Ce pied est chaussé d’une chaussure noire au-dessus de laquelle apparaît une chaussette rouge. En regardant mieux, Robert s’aperçoit qu’il s’agit, en fait, de l’extrémité d’un caleçon long en laine rouge.
8.
Intrigué et inquiet, Robert l’est encore plus quand il voit, dans le rétroviseur, que le chauffeur cligne d’un oeil, puis de l’autre, en parfaite synchronisation avec les coups d’accélérateur. Tout à coup, Robert s’aperçoit qu’ils sont en train de passer devant la gare Saint-Lazare. Robert: Mais où allez-vous comme ça? Je vous ai dit “rue du Sommerard”! C’est à l’opposé! Le chauffeur ne répond pas, mais donne un formidable coup d’accélérateur. Robert, en garçon prudent, profite de l’intervalle entre deux accélérations pour sauter en marche du taxi. Celui-ci s’éloigne en faisant du morse avec ses clignotants.
î.
Hubert et Mireille, à la terrasse
d’un café.
Hubert: Mais enfin, ma petite Mireille, tu ne vas tout de même pas t’en aller toute seule sur les routes avec ce jeune Américain!
Mireille: Pourquoi pas?
Hubert: Mais, au bout de deux jours, tu vas t’ennuyer à mourir.
Mireille: Pourquoi? Robert est un garçon intelligent et intéressant. Je ne vois pas pourquoi je m’ennuierais avec lui! Non, au contraire, voyager en France avec un étranger, lui faire découvrir ce qu’on aime, ça doit être passionnant.
Hubert: Et comment comptez-vous parcourir l’Hexagone?
Mireille: Avec une voiture que nous louerons. Nous passerons les nuits en plein champ, sous un arbre, au milieu des fleurs et des petits oiseaux, ou alors dans un bon hôtel, quand on sentira le besoin de prendre une douche.
2.
Hubert: Mais une location de
voiture, ça va vous coûter les
yeux de la tête! Vous n’y pensez
pas!… Ecoute! J’ai une idée. Je
viens justement de m’acheter une
Méhari
Mireille: Un chameau?
Hubert: Non, pas un méhari, une
Méhari, une voiture. Pour l’été,
ce sera parfait. C’est exactement
ce qu’il vous faut. Je l’amène
demain. Tu verras
Mireille: C’est gentil, ça— Mais je ne sais pas si nous devrions….
Hubert: Mais si, mais si, tu verras. C’est une petite voiture formidable. Ça passe partout. On s’amusera comme des fous.
Leçon 46
Invitations au voyage
Mireille: Ah!… parce que tu
viendrais avec nous? Hubert: Ben, oui, bien sûr!
3.
Un peu plus tard, Mireille téléphone à Colette.
Mireille: Allô, Colette? Tu viens à Paris, cet après-midi? Il faut absolument que je te voie. C’est urgent. A 4 heures à la Passion du Fruit. C’est Quai de la Tournelle. Je t’attendrai. Je te fais un bisou. Salut!
Un peu plus tard, Colette et
Mireille se retrouvent à la Passion
du Fruit.
Colette: Alors, qu’est-ce qui se passe?
Mireille: Eh bien, voilà…. Mais d’abord, dis-moi, est-ce que tu as des projets fermes pour l’été?
Colette: Ben, non, pas
vraiment
Mireille: C’est épatant! Bon,
alors, voilà, écoute: j’ai quelque
chose à te proposer; mais d’abord
je dois te dire que si tu peux
accepter, tu me rends un sacré
service
4.
Mireille raconte alors à Colette l’histoire du verre blanc cassé, du billet de loterie, le projet de voyage avec Robert et l’intrusion d’Hubert. Mireille: Tu imagines bien que je ne meurs pas d’envie de me trouver seule entre Hubert et mon Américain. Si tu pouvais venir avec nous, ça arrangerait tout, et on pourrait vraiment s’amuser! Colette: Quand partiriez-vous? Et ce serait pour combien de temps?
Mireille: On partirait dans une quinzaine de jours. Et on reviendrait, disons, fin août… à moins qu’on en ait assez avant.
Colette: Ça pourrait être amusant…. De toute façon, je n’ai aucune envie de rester à Provins entre Papa et Maman. Ecoute… oui, en principe, j’accepte.
Mireille: Formidable! Tu me sauves la vie! A quatre, ce sera sûrement plus intéressant.
5.
Le dimanche suivant, Mireille va voir “ses enfants.” C’est un groupe de filles et de garçons dont elle s’est occupée, l’été dernier, comme monitrice, dans une colonie de vacances. Il y avait là, aussi, comme moniteur, Jean-Michel, un jeune homme très sympathique, à tendances gauchistes, que les enfants adoraient. A la fin de l’été, Mireille et Jean-Michel ont décidé de rester en contact avec le groupe, et de les réunir tous les dimanches matin. C’est à cette réunion hebdomadaire que Mireille est allée aujourd’hui. Après la réunion:
Mireille: C’est vrai, tu as l’air fatigué. Est-ce que tu prends des vitamines?
Jean-Michel: Non, Docteur.
Mireille: Moi aussi, j’ai besoin de changer d’air. Justement, je voulais te dire, je ne pourrai plus venir après dimanche prochain.
6.
Et Mireille raconte à Jean-Michel ses projets pour l’été. Elle ne mentionne pas le verre blanc cassé, ni la loterie, mais elle parle du voyage projeté avec Robert, de l’intrusion d’Hubert, et de l’appel à Colette. Et puis soudain: Mireille: Mais, j’y pense! Pourquoi est-ce que tu ne viendrais pas avec nous? C’est ça qui te changerait les idées! Jean-Michel: Non, mais dis
donc! Tu te f l de moi ou
quoi? Tu me vois entre cet aristocrate dégénéré et ce sauvage américain? Qu’est-ce que j’irais
f dans cette galère?
Mireille: D’abord, ce n’est pas une galère, c’est une Méhari. Et Hubert n’est pas dégénéré du tout, je t’assure! Et mon Américain n’a rien d’un sauvage! C’est un garçon très instruit, très cultivé. Tu pourras discuter avec lui; tu verras, ce sera très intéressant pour tous les deux. Allez! Viens avec nous! A cinq, on s’amusera comme des fous! Et Mireille finit par convaincre Jean-Michel.
Jean-Michel: Il faut que je te
dise Je ne crois pas que je
puisse aller à la colo cet été. Je suis crevé. Je n’en peux plus. Il faut que je prenne de vraies vacances, tu vois, que je change un peu d’horizon.
7.
Maintenant, il s’agit d’expliquer à Robert qu’ils vont partir à cinq, et à Hubert qu’il y aura cinq personnes dans sa petite Méhari.
Mireille (à Robert): Eh bien, tu sais, nos projets prennent forme. En fait, même, tout est arrangé. J’ai un tas de bonnes nouvelles. D’abord, Hubert nous prête sa Méhari.
Robert: C’est gentil, ça Mais
je ne sais pas si nous devrions
Mireille: Naturellement, il viendra avec nous!
Robert: Ah! je me disais aussi
que je devais me méfier de ce
chameau-là…. Sérieusement, je
ne crois pas que ça marche très
bien à trois
Mireille: C’est ce que je me suis dit aussi; alors j’ai invité Colette à venir, et elle a accepté.
Robert: Mince! On sera quatre?
Mireille: Mais non, tu vas voir! On ne sera pas quatre, on sera cinq, parce que j’ai aussi invité un garçon formidable, super-sympa; Jean-Michel, il s’appelle. Je suis sûre qu’il te plaira. C’est un type très intéressant. Il est trotskyste ou guévariste, ou quelque chose
comme ça Avec Hubert qui
est plutôt à droite, ça va faire des étincelles. Ce sera très intéressant pour toi.
Robert: Ça, je n’en doute pas,
mais j’aurais quand même préféré
la solitude à deux
Hubert: Voilà le chameau des grandes randonnées d’été. Sobre, résistant, passc-partout. Tu veux l’essayer?
Mireille (montant dans la Méhari): Alors, j’ai parlé à Robert. C’est entendu, il accepte.
Mais nous avons pensé que ça ne marcherait peut-être pas très bien à trois. Si bien que j’ai demandé à Colette de nous accompagner. Elle a été assez gentille pour accepter.
Hubert: Eh, mais la Méhari n’est pas extensible! A quatre, on va être serrés comme des sardines!
Mireille: Allons, Hubert, je te connais! Malgré tes airs d’enfant de choeur, ça m’étonnerait que tu sois fâché d’être serré contre Colette!
Hubert: Serré pour serré, ma chère Mireille, je préférerais que ce soit contre toi.
9.
Mireille: Et puis aussi, avant que j’oublie: j’ai vu mon copain, hier, tu sais, Jean-Michel. Il avait l’air vachement déprimé, si bien que je l’ai invité, lui aussi, à venir.
Hubert: Mais c’est un dangereux anarchiste, ce garçon-là!
Mireille: Lui? Il n’est pas anarchiste du tout, il est marxiste! Et j’ai pensé qu’il ferait équilibre à tes opinions d’un autre âge.
Hubert: Mais où veux-tu mettre tout ce monde-là? La Méhari n’a pas d’impériale, je te signale!
Mireille: Bah! On sera peut-être un peu à l’étroit, mais ça ne fait rien. Plus on est de fous, plus on rit, comme dit ma tante Georgette, qui, elle, ne rit pas
beaucoup… la pauvre Tu me
laisses chez moi?
Hubert: Oui.
Leçon 47
Quelle variété!
Nos cinq amis sont réunis chez les
Belleau pour parler de leur voyage.
Jean-Michel: Alors, où on va?
Hubert: Où va-t-on? Mais
partout! On va aller partout! On va voir la France entière, telle que Font faite la nature, deux mille ans d’histoire, et nos quarante rois.
Jean-Michel: Tes quarante rois, et la sueur du peuple, oui, et les géants de 93!
Marie-Laure: C’est qui, les géants de 93?
Jean-Michel: Les grands
hommes de la Révolution
Française, tu sais, Danton,
Robespierre, des grands, des
purs, des durs
Hubert: Des monstres assoiffés
de sang! (A Robert.) Il faut
absolument que vous voyiez nos
campagnes françaises, soignées
comme des jardins, nos
magnifiques forêts, nos sites
incomparables: les aiguilles
de Chamonix, le Cirque de
Gavarnic, les gorges du Verdon
et celles du Tarn, les calanques de
Cassis, les Baux de Provence
2.
Mireille: Mais il faut surtout qu’il voie nos cathédrales.
Robert: Mais j’ai déjà vu Notre-Dame.
Mireille: Tu crois que quand tu en as vue une, tu les as toutes vues?
Robert: On a aussi vu Chartres.
Mireille: Pfeuh! Deux cathédrales, mais ce n’est rien! Il y a des centaines d’églises à voir!
Hubert: Amiens et sa nef,
Strasbourg et sa flèche, Reims où
tous nos rois ont été sacrés,
Bourges et ses vitraux, le Mont-
Saint-Michel et sa merveille
Marie-Laure (récitant un passage
de son livre de géographie)’. Et ses
marées qui avancent à la vitesse
d’un cheval au galop
Mireille: La cathédrale d’Albi
avec ses énormes murailles de
petites briques roses
Hubert: Toutes les merveilleuses églises romanes, Vézelay, Paray-le-Monial, Saint-Benoît-sur-Loire, Poitiers, Conques, Saint-Nectaire. …
Colette: Saint-Nectaire, là où on
fait le fromage
Hubert: Toutes les églises fortifiées: Agde, les Saintes-Maries-de-la-Mer, Luz—
Mireille: Et toutes les églises
modernes, Yvetot, l’église du
Plateau d’Assy, celle de Cocteau,
Royan, Ronchamp
3.
Hubert: Et puis, il faut que
vous voyiez nos châteaux:
Champ, Chambord, Chaumont,
Chantilly
Colette: Chantilly, hmm… la
crème Chantilly
Hubert: Châteaudun, Chenon-
ceaux, Chinon, Valençay
Colette: Là où on fait le fromage
de chèvre
Hubert: Anct, Amboisc, Angers,
Azay-lc-Ridcau, Blois, Fontaine
bleau
Colette: Ah! Fontainebleau… le
fromage à la crème
Hubert: Loches, Langeais,
Pierrefonds, Saumur
Colette: Saumur, là où il y a le vin—
Hubert: Et une des meilleures écoles de cavalerie du monde!
4.
Robert: Tout ça m’a l’air fort intéressant, passionnant, admirable, mais il me semble que ça fait beaucoup! On ne va pas pouvoir aller partout.
Mireille: Oh, tu sais, la France
n’est pas bien grande
Marie-Laure: Juste un millième des terres des bergers.
Mireille: E-mcr-gccs! Au-dessus de la mer!
Marie-Laure (vexée): Evidemment! Si ce n’est pas au-dessus de la mer, ce n’est pas une terre! (A Robert, citant encore son livre de géographie.) La France est un peu plus petite que le Texas.
Hubert: Mais quelle variété! Quelle richesse! Il y a de tout en France!
5.
Robert: Ouais, mais j’étais en train de penser… on va être plutôt serrés à cinq dans votre Méhari. On va avoir les articulations rouillées. Je me demande si ce ne serait pas mieux de faire ça à vélo, histoire de faire un peu d’exercice.
Mireille: Oui, la France à vélo,
ce ne serait pas mal. Cécile et son
mari ont fait les châteaux de la
Loire à vélo, quand ils étaient
fiancés. Ils ont trouvé ça
formidable. Mais il faut dire que
la Vallée de la Loire, ça va tout
seul, surtout en descendant! Par
contre, grimper le col du
Tourmalet, ou de l’Iseran
Marie-Laure {imbattable en géographie): 2770 mètres!
Mireille: … ça, c’est une autre histoire!
6.
Jean-Michel: C’est qu’on en a, des montagnes, en France….
Marie-Laure: Les Alpes, les
Pyrénées, le Jura, les Ardenncs, le
Massif des Vosges et le Massif
Central
Mireille: Et tu en oublies un…
en Bretagne
Marie-Laure: Ah oui! Le Massif Américain!
Mireille: Armoricain!
Marie-Laure: Armoricain, qu’est-ce que c’est que ça?
Mireille: Ça veut dire breton. L’Armorique, c’est la Bretagne. On ne fa pas appris ça, en géographie?
Marie-Laure {détournant la question) : Oh, mais ce n’est pas très haut, alors, ça ne compte pas!
Colette: Oui, ce ne sont pas les montagnes qui manquent; et moi, je tiens absolument à aller en montagne. Je commence à en avoir assez de la plaine de l’Ile-de-France.
Marie-Laure: C’est où, l’Ile-de-France?
Mireille: Eh bien, c’est ici! Paris, Provins, c’est dans l’Ile-de-France.
Marie-Laure: Mais, ce n’est pas une île!
Mireille: Mais ça ne fait rien, ça s’appelle comme ça.
Jean-Michel: Moi aussi, j’en ai marre de la plaine; j’en ai ras le bol. Je veux aller faire de la montagne.
7.
Hubert: Eh bien, c’est entendu! Pas de problème! On ira dans le Massif Central; mes parents ont une propriété dans le Cantal.
Colette: Là où on fait le fromage?
Jean-Michel: Bien sûr. Le Massif Central, c’est de la
montagne à vaches (A
Hubert.) C’est ça que tu appelles de la montagne, toi? Il faut aller au moins dans les Pyrénées!
Hubert: Les Pyrénées? Mais il n’y a plus de Pyrénées, mon cher ami!
Jean-Michel: Il n’y a plus de Pyrénées! Ah! Encore une stupidité de ton Louis XIV!
Marie-Laure les regarde d’un air
étonné; elle ne comprend plus.
Mireille (àMarie-Laure): Mais oui, tu as étudié ça, en histoire, non? Tu sais bien, la Paix des
Pyrénées, en 1659 Louis XIV
avait signé un traité avec l’Espagne, et il a dit: “Voilà, maintenant on est amis, copains, copains, il n’y a plus de problème. Rien ne sépare plus la France de l’Espagne… c’est comme s’il n’y avait plus de Pyrénées!”
8.
Jean-Michel: Il n’y a plus de Pyrénées! Ah, elle est bien bonne celle-là! C’est la meilleure de l’année! Il n’y a plus de Pyrénées! Allez donc demander aux coureurs du Tour de France quand ils se tapent1 le col d’Aubisque et le col du Tourmalet dans la même étape! Remarquez que moi, à choisir, je crois que je préfère les Alpes, c’est plus haut: la Meije (3983 mètres), le Mont Blanc (4807 mètres)….
Hubert: 4810!
Mireille: Allons, Hubert, où est-tu allé chercher ça? Tout le monde sait que le Mont Blanc n’a que 4807 mètres! N’est-ce pas, Marie-Laure? Le Mont Blanc, altitude?
Marie-Laure: 4807 mètres!
Mireille: Tu vois!
Hubert: Moi, on m’a toujours appris 4810. Je sais que de mauvais Français, qui n’avaient pas le sens de la grandeur, ont essayé de la rabaisser à 4807 mètres; mais ça, moi, je ne l’accepterai jamais.
Jean-Michel: Cocorico!
Jean-Michel: Je propose de faire le tour de la France dans le sens inverse des aiguilles d’une monrrc. Première étape: Lille, Roubaix, Tourcoing.
Colette: Le Nord? Oh, non,
encore de la plaine, des champs,
des mines, des usines Qu’est-
ce qu’il y a à voir?
Jean-Michel: Mais le peuple, Mademoiselle! La vraie France, la France qui travaille!
Colette: Oui, mais pour la
gastronomie, le Nord, ce n’est
pas formidable. Si on commen
çait par la Normandie, plutôt?
Là, au moins, on mange bien…
le camembert, la crème fraîche, le
beurre d’Isigny, la sole normande,
le canard rouennais, les tripes à
la mode de Caen
Tous: Hmm…. Va pour la Normandie! .
10.
Pendant que les jeunes gens discutent de leur voyage, derrière la fenêtre apparaît l’homme en noir.
Il lave les carreaux. Bizarre, bizarre. Personne ne le remarque, sauf Marie-Laure qui l’observe, un peu intriguée.
Hubert: Départ lundi matin à l’aube. Première étape, Rouen! Jean-Michel: Non, Tourcoing! Tous: Rouen! Rouen! Jean-Michel: Tourcoing!
i.
Le lendemain, chez les Belleau.
Mireille, Robert, et Marie-Laure
attendent leurs amis. Ils ont
quelques difficultés à arrêter un
itinéraire. On sonne.
Marie-Laure: Je vais ouvrir— C’est Hubert!
Hubert: Ça va depuis hier? Tenez, regardez, j’apporte les châteaux de France. Les autres ne sont pas là?
Mireille: Tiens, les voilà.
Colette (les bras chargés de petits paquets): Bonjour les enfants!
Mireille: Que tu es chargée! Qu’est-ce que tu apportes?
Colette: Le Gault et Millau, le Guide de l’Auto-Journal, le Guide Michelin avec la carte des trois étoiles, des madeleines de Commercy, des berlingots de Carpentras, du nougat de Montélimar, et des bêtises de Cambrai pour Marie-Laure.
Mireille: Eh bien, je pense que tu la gâtes un peu trop!
Colette: J’espère qu’elle nous en laissera goûter un peu.
2.
Marie-Laure: Je ne sais pas, il faut voir… si vous m’emmenez avec vous, d’accord. Sinon, je garde tout.
Mireille: Allons, Marie-Laure, tu sais très bien qu’on ne peut pas Remmener. Tu iras à Saint-Jean-de-Luz avec Papa et Maman.
Marie-Laure: Non, non! Moi, je ne veux pas aller à Saint-Jean-de-Luz avec Papa et Maman, je veux aller avec vous!… Je m’en fiche,1 si vous ne voulez pas
Leçon 48
Quelle richesse!
m’emmener, je partirai toute seule. Et je ne dirai pas où je vais. Et tu seras bien embêtée!
Mireille: Allons, Marie-Laure, arrête de dire des bêtises et offre des bonbons à tout le monde.
Marie-Laure: Pas à toi! (A Robert.) Qu’est-ce que tu veux, mon cowboy adoré, des bêtises de Cambrai, des berlingots de Carpentras, du nougat de Montélimar, ou des madeleines de Commercy?
Robert: Une bêtise!
Jean-Michel: C’est bien le Guide Vert de la Normandie et de la Bretagne que je devais apporter?
3.
Hubert: Alors, on est bien tous d’accord, on va d’abord à Rouen?
Jean-Michel: A Tourcoing!
Mireille: Bon, j’ai bien réfléchi. On ne va ni à Rouen, ni à Tourcoing, mais à Ouessant.
Robert: Ouessant? Où est-ce, ça, Ouessant?
Mireille: En mer. A vingt kilomètres des côtes de Bretagne. Bon, j’ai une idée. On met la table de côté et on met la carte par terre. Ce sera mieux.
Hubert: Oui, c’est une idée. Faisons la France en bateau.
Robert: La France en bateau?
C’est moi que vous voulez mener
en bateau
Hubert: Mais non, cher ami, personne ne veut vous mener en bateau, je ne me permettrais pas de me moquer de vous. Non, non, c’est tout à fait sérieux, je ne plaisante pas. On peut très bien faire la France en bateau. Pensez, cinq mille kilomètres de côtes!
Mireille: Ça en fait, des plages! On va pouvoir se baigner tous les jours.
Jean-Michel: Oh, eh là, minute! Ça dépend où! Moi, je ne me baigne pas dans la Manche ni dans la Mer du Nord. Pas question! C’est trop froid.
Hubert: Monsieur est frileux! Mais cher Monsieur, en URSS, il y a des gens qui se baignent en janvier, au milieu des glaçons et des ours blancs!
Marie-Laure: C’est vrai?
Mireille: Je n’en suis pas sûre.
Marie-Laure: Ils ont sûrement des combinaisons thermiques!
4.
Robert: Je vois très bien comment on pourrait longer la côte depuis la Belgique jusqu’au Pays Basque, mais comment passer de là jusqu’à la Méditerranée, ça je vois moins bien… même si Louis XTV a supprimé les Pyrénées…
Marie-Laure: Mais il ne les a pas supprimées pour de vrai!
Hubert: Aucun problème! On remonte la Garonne, puis on
prend le canal du Midi (encore une grande réalisation de Louis XIV, entre parenthèses), et on arrive à la Méditerranée.
Jean-Michel: Oh la la! Il y en a
qui commencent à m’embêter
avec leur Louis XIV! Cela dit, je
reconnais qu’on peut aller
presque partout en bateau, avec
tous ces fleuves, toutes ces rivières,
tous ces canaux
Hubert: Oui, bien sûr, de la Manche, on pourrait remonter la Seine, puis la Marne; de la Marne passer dans la Saône par le canal; de la Saône, on passe dans le Rhône, et on descend tranquillement jusqu’à la Méditerranée.
Colette: Et on va manger une bouillabaisse à Marseille! Voilà: la vraie bouillabaisse de Marseille. Vous voulez la recette?
5.
Hubert: Mais j’y pense! Ma famille a un petit voilier à Villequier. On pourrait peut-être l’emprunter!
Mireille: Minute! Je n’ai pas envie d’aller me noyer à la fleur de l’âge!
Marie-Laure: Pourquoi tu te noierais? Tu sais nager!
Mireille: Oui, mais faire de la voile à Villequier, c’est dangereux.
Marie-Laure: Pourquoi?
Mireille: Tu sais, Victor
Hugo
Marie-Laure: Ouais
Mireille: Il avait une fille
Marie-Laure: Ouais
Mireille: Et cette fille, elle s’est
mariée
Marie-Laure: Ouais—
Mireille: Et un jour, elle est allée avec son mari à Villequier, sur la Seine, dans une propriété de la famille….
Marie-Laure: Ouais
Mireille: Et là. il v avait un
bateau, un voilier; et elle est allée
faire du bateau, sur la Seine, avec
son mari
Marie-Laure: Ouais? Mireille: Et le bateau s’est
retourne, et elle s’est noyée. Marie-Laure: Et alors? Mireille: Et alors, Victor Hugo
a écrit un poème. Marie-Laure: Et toi, tu ne veux
pas aller te noyer à Villequier,
parce que Papa n’écrirait pas de
poème. Mireille: Voilà, tu as tout
compris.
6.
Jean-Michel: Eh bien, moi, je n’ai pas non plus envie d’aller me
noyer à la fleur de l’âge Et puis
moi, je ne vais pas passer l’été à faire du tourisme sur un yacht de fils à papa! J’aurais mauvaise conscience; et puis de toute façon, ce n’est pas à bord d’un yacht qu’on peut découvrir la vraie France. Non, il faut aller voir la France qui travaille, il faut aller voir les ouvriers des aciéries de Lorraine, les mineurs de fond. Il faut aller voir fabriquer les pneus Michelin, l’Airbus, les voitures Renault et les pointes Bic. C’est ça, la France! La vraie France, ce sont les travailleurs.
Hubert: Les travailleurs! Ce ne sont pas eux qui fabriquent les Renault!
7.
Jean-Michel: Ali non? Et c’est qui, d’après toi?
Hubert: Les robots! Et puis, vous me faites rire avec vos pointes Bic. La France est peut-être à la pointe du progrès avec les pointes Bic; la pointe Bic est une magnifique réussite technique et commerciale, d’accord. Mais il y a des choses encore plus remarquables. Tenez, prenez l’usine marémotrice de la Rance, par exemple, hein? Ce n’est pas partout qu’on fait de l’énergie électrique avec la force des marées!
Jean-Michel: Tu me fais rigoler avec ta marémotrice. La marémotrice de la Rance, ce n’est pas mal, mais les Russes aussi en ont une, de marémotrice!
Hubert: Oui… qu’ils ont copiée sur la nôtre!
Jean-Michel: Ça, c’est à voir! Hubert: C’est tout vu. D’ailleurs, il n’y a pas que les Russes; le
monde entier nous copie, parce
que toutes les grandes décou
vertes ont eu leur origine en
France: la pasteurisation, la
radioactivité, la boîte de conserve,
le stéthoscope, le Champagne,
l’aviation, le télégraphe, le
cinéma, le principe de Carnot, le
fois gras, l’amour, la liberté
8.
Jean-Michel: Ce n’est pas possible d’être chauvin à ce point-là!.. .Tenez, un truc qui est vachement bien, c’est les installations d’énergie solaire dans les Pyrénées Orientales. Vous connaissez? Ça, c’est quelque chose! Je me rappelle avoir vu, quand j’étais petit, un four solaire qui liquéfiait les métaux en un clin d’oeil. Vous vous rendez compte? Du métal qui fond au soleil! Ça m’avait sidéré.
Colette: Tu nous embêtes avec ta sidérurgie. Ça n’intéresse personne.
Jean-Michel: Ah ben! La sidérurgie solaire, je t’assure que c’est quelque chose. C’est impressionnant.
Mireille: Tiens, Marie-Laurc, on a sonné. Tu vas voir?
Marie-Laure va ouvrir la porte
d’entrée; c’est l’homme en noir
Elle revient dans le salon. Personne n’a fait très attention à ce qui s’était
passe.
Mireille (plus occupée de son projet
de voyage que de l’incident de la
porte): Qu’est-ce que c’était? Marie-Laure: Le frère de la
soeur. Mireille: Qui? Marie-Laure: Tu sais bien, le
frère de la bonne soeur qui était
venue l’autre jour. Mireille: Qu’est-ce qu’il voulait? Marie-Laure: Il me rapportait
mes boules de gomme. Mireille: Tu les avais perdues? Marie-Laure: Non.
10.
Mireille: Qu’est-ce que c’était, ces boules de gomme qu’il te rapportait?
Marie-Laure: Ce n’étaient pas les miennes. C’étaient d’autres boules de gomme.
Mireille: Je n’y comprends rien.
Marie-Laure: C’est pourtant simple! Il m’a dit: “Je vous rapporte vos boules de gomme.” Mais j’ai vu que ce n’étaient pas les miennes, alors je lui ai dit: “Non, ce ne sont pas les miennes,” et je les lui ai rendues. Alors, il est parti.
Mireille: Ce n’est pas très clair! C’est bien mystérieux, cette histoire de boules de gomme.
Marie-Laure: Ben, toi, on peut dire que tu n’es pas douée!
11.
Tout le monde se lève pour partir. Colette: Il est cinq heures. Il faut
que je parte. Hubert: Je vous accompagne. Jean-Michel: Moi aussi, il faut
que je parte. Robert aussi s’en va.
Marie-Laure: Moi aussi, je
descends. Mireille: Tu vas où? Marie-Laure: Au jardin. Mireille: Bon, d’accord, mais tu
reviens à six heures, tu entends?
Six heures pile! Papa et Maman
ne sont pas là, ce soir. Alors, on
mangera tôt, et si tu es sage, on
ira au cinéma. Marie-Laure: Chouette! Mireille: Six heures, pile! Pas
une minute de plus!
Leçon 49
Quelle horreur!
i.
Chez les Belleau. II est plus de six
heures, et Marie-Laure n’est pas
rentrée. Mireille attend, et elle
s’inquiète.
Mireille: Mais qu’est-ce qu’elle fait? Mais, ce n’est pas possible! Qu’est-ce qu’elle peut bien faire?… Mon Dieu, il lui est sûrement arrivé quelque chose!
Vers 19 heures, elle se décide à
téléphoner à Robert.
Mireille: Allô, Monsieur Taylor,
s’il vous plaît Allô, Robert,
c’est toi? Est-ce que Marie-Laure est avec toi?
Robert: Marie-Laure? Non, pourquoi?
Mireille: Je ne sais que faire. , Marie-Laure a disparu. Mais qu’est-ce qui a bien pu lui arriver? Elle devait être ici à six heures. Il est sept heures et quart, et elle n’est toujours pas rentrée. Mon Dieu! Je me disais qu’elle était peut-être partie avec toi?
Robert: Non, je crois qu’elle est allée au Luxembourg.
Mireille: Mais alors, elle devrait être là…. Ah, je ne sais pas que faire.
Robert: Ecoute, tu veux que je vienne? J’arrive tout de suite.
Mireille: Bon, je t’attends. Fais vite. Au revoir.
Un quart d’heure plus tard, Robert
est là.1
Mireille: Il est 7\\ 40! Ça fait une heure et demie qu’elle devrait être là! Je ne comprends pas.
Robert: Tu as regardé dans sa chambre?
Mireille: Son bateau n’est pas là.
Robert: Il me semble bien qu’elle
est partie avec, tout à l’heure
Allons voir au Luxembourg.
3.
Au Luxembourg. Robert et Mireille cherchent, cherchent. Mais il n’y a plus personne. Tout à coup, Mireille aperçoit le bateau de Marie-Laure, à moitié caché derrière un palmier. Mireille: Regarde son bateau! Ah, mon Dieu, le bassin! Mais c’est affreux! Robert et Mireille courent vers le bassin. Ils aperçoivent des cheveux blonds dans l’eau… mais ce sont ceux d’une poupée! Robert: C’est une poupée. Elle
n’est pas à elle? Mireille: Mon Dieu, où peut-elle bien être passée? Qu’est-ce qui a bien pu lui arriver? Je n’aurais jamais dû la laisser partir.
Il paraît qu’il y a un drôle de
type qui se promène dans le
quartier. La concierge l’a vu. Tu
crois
Robert: Mais non, qu’est-ce que tu vas imaginer! Ecoute, on va revenir chez toi et téléphoner à la police.
Mireille: Huit heures! Ça fait trois heures qu’elle est partie! Il lui est sûrement arrivé quelque chose.
4.
Mais, chez les Belleau, Marie-Laure
est assise sur son lit, en train de
jouer tranquillement avec son
bateau.
Mireille: Marie-Laure, mais
qu’est-ce que tu fais? Marie-Laure: J’arrange mon
bateau. Les ficelles sont tout
emmêlées— Mireille: Mais où étais-tu? Marie-Laure (pas bavarde): Je
viens de rentrer…. Mireille n’en peut plus. Elle se met à pleurer; Robert essaie de la calmer. Robert: Allons, allons, calme-toi!
Tu vois: tout va bien. Tout est
bien qui finit bien, non? Il ne lui
est rien arrivé du tout! Mireille (à Marie-Laure): Tu
veux manger? Marie-Laure: J’ai déjà mangé. Je
vais me coucher. Mireille: Oui, c’est ça. Couche-toi. Je viendrai te dire bonsoir.
5.
Mireille raccompagne Robert
jusqu’à la porte.
Mireille: Qu’est-ce qu’elle a bien
pu faire? Robert: L’essentiel, c’est qu’elle
soit là. Ça va aller? Mireille: Oui—C’est gentil
d’être venu. J’ai eu tellement
peur! Robert: C’est fini! Je peux te
laisser? Ça va aller, tu es sûre? A
demain, tâche de dormir. Tu ne
vas pas être trop en forme pour
ton examen C’est quand, le
matin ou l’après-midi? Mireille: L’après-midi. Je devrais
avoir fini à six heures. On a
rendez-vous avec les autres à six
heures et demie Robert: Où ça? Mireille: A Saint-Germain-des-
Prés, au petit square, près de
l’église, tu sais, juste en face des
Deux Magots. Robert: Des deux gâteaux? Mireille: Des Deux Magots,
idiot! Espèce d’idiot! Aux Deux
Magots, le café. Robert: Oui, je crois que je vois
où c’est. Bon, allez, à demain!
6.
Un peu plus tard, dans la chambre
de Marie-Laure.
Mireille: Tu es couchée? Ça va? Alors dis-moi, maintenant. Qu’est-ce qui t’est arrivé?
Marie-Laure: C’est un secret. Alors, je ne peux pas te le dire. De toute façon, ça ne servirait à rien que je te le dise, parce que si je te le dis, tu ne me croiras pas.
Mireille: Mais si!
Marie-Laure: Mais non!
Mireille: Mais si!
Marie-Laure : Eh bien voilà— Je suis allée jouer au Luxembourg, et là, j’ai vu le frère de la soeur qui se promenait avec un air bizarre. Il avait l’air d’observer la maison. Alors, je me suis dit: “Qu’est-ce qu’il veut celui-là? Il n’a pas l’air net. C’est un voleur, un espion ou quoi?”… Alors à ce moment-là, je crois qu’il m’a vue. Il m’a reconnue. Alors il a eu peur et il est parti. Alors j’ai vite caché mon bateau et j’ai commencé à le suivre, mais en me cachant, pour qu’il ne sache pas que je le suivais. Et lui, il se retournait tout le temps pour voir si je le suivais. Tu me suis? … Il avait vachement peur, parce qu’il se doutait bien que je le suivais.
Marie-Laure: Il est sorti du jardin. Il a traversé, et il est entré dans le métro. Moi, je l’ai suivi, bien sûr. Il est monté dans le rer. Moi aussi, mais pas dans le même wagon. A Denfert, j’ai vu qu’il descendait. Alors, je suis descendue aussi. Il est sorti, et il a commencé à marcher. Il croyait que je l’avais perdu. Mais il m’a vue. Alors, là, il a eu vachement peur! Et il est parti à toute vitesse… et il s’est précipité dans la première porte ouverte qu’il a vue. Devant la porte, il y avait un type en uniforme qui criait: “Dépêchons-nous pour la dernière visite!” Je suis vite
entrée C’était tout noir. On
ne voyait rien. Puis le type en uniforme est entré. Il a fermé la porte. Il a dit: “Par ici, messieurs-dames.” Ce qui était bête, parce qu’il n’y avait que l’homme en noir, et il n’y avait pas de dame. (Il y avait bien moi, mais il ne m’avait pas vue: je m’étais cachée derrière; alors il ne savait pas que j’étais là.) Il a commencé à faire visiter (parce que c’était une sorte de guide, tu vois). Il y avait tout un tas de trucs bizarres, des têtes de mort, des os, des vrais! Et l’homme en noir, il avait vachement peur, parce qu’il savait que je le suivais.
8.
Marie-Laure: Puis, on est
revenus à l’escalier
Le guide: Voilà, Mesdames et Messieurs, la visite est terminée. Par ici la sortie. N’oubliez pas le guide, svp.
Marie-Laure {enfermée à l’intérieur, tapant à la porte) : Ouvrez! Ouvrez!
Le guide {ouvrant la porte):
Qu’est-ce que vous faites là, vous?
Marie-Laure: J’attendais que vous m’ouvriez! Je ne vais pas passer la nuit ici! … L’homme en noir en avait profité pour disparaître. Alors je suis rentrée à pied, parce que je n’avais pas assez d’argent pour prendre le métro. Et puis, j’avais envie de prendre l’air! Et voilà, tu es contente?
Mireille: Je me demande où tu vas chercher toutes ces histoires à dormir debout!
Marie-Laure: Parce que tu ne me crois pas?… Je savais bien que tu ne me croirais pas. C’est toujours pareil. Tu ne veux jamais me croire! Bon, je suis fatiguée, moi; je dors.
Mireille: C’est ça, dors, et ne rêve pas trop à l’homme en
noir Et dis-moi, je crois qu’il
vaudrait mieux ne rien dire à
Papa et Maman; d’accord? Marie-Laure: D’accord… mystère et boule de gomme!
Tiens, passe-m’en une, pour m’endormir.
Leçon 50
Encore de la variété, encore de la richesse
i.
Dans le petit square derrière l’église
Saint-Germain.
Jean-Michel (à Hubert): Salut l’aristo!
Hubert: Bonjour, crapule, ça va?
Jean-Michel: On est les premiers?
Hubert: Tiens, voilà PAmerloque qui arrive, en roulant ses mécaniques… et Colette…. Mireille n’est pas avec vous?
Robert: Vous savez bien qu’elle
passait son examen
Hubert: Ah, la voilà!… Alors, comment ça va? Ça s’est bien passé?
Mireille: C’est fini, on n’en parle plus. Parlons plutôt d’autre chose, si ça ne vous fait rien, du voyage par exemple. Moi, ce que je préfère, dans les voyages, c’est la préparation… faire des plans.
Jean-Michel: Oui, à mon avis, il faudrait s’organiser. On ne peut pas partir comme ça, au hasard. Il faut avoir un fil conducteur, un thème.
Hubert: Ça pourrait être les châteaux….
Mireille: Ou les églises romanes….
Colette: Moi, j’ai une meilleure idée: je vous propose un tour de France culturel et éducatif; par exemple une étude systématique des charcuteries et des fromages de France. La France et ses trois cents fromages! Ah! Quelle richesse, quelle variété! On pourrait commencer par la Normandie, comme prévu, avec
le camembert et le pont-l’cvcquc pour les fromages, les rillettes du Mans et Pandouille de Vire pour les charcuteries.
Hubert: L’andouillc de Vire? Ah,
non, quelle horreur! Comme c’est
vulgaire! C’est fait avec des tripes
de porc
Colette: Et alors? C’est très bon, les tripes! Les tripes à la mode de Caen… hmm! C’est fameux!
3.
Mireille: Arrête, tu nous embêtes avec ta bouffe. Tu ne penses qu’à ça! Il n’y a pas que ça dans la vie! D’abord, la Normandie, c’est trop riche, trop
gras Trop de crème, trop de
beurre. C’est un pays enfoncé dans la matière…
Jean-Michel: …grasse!
Mireille: Parlez-moi plutôt de la Bretagne! Voilà un pays qui a de l’âme! C’est austère, mystique; tous ces calvaires bretons sculptes dans le granit, Saint-Thégonnec,
Guimilliau, Plougastel Et les
pardons bretons, avec toutes ces
femmes en coiffe qui suivent la
procession
Colette: Oui, la Bretagne, c’est
intéressant. Il y a les crêpes, les
huîtres de Cancalc, le homard à
l’armoricaine
Robert: A l’américaine!
Hubert: A l’armoricaine! C’est une vieille recette bretonne, évidemment!
Jean-Michel: Mais non, pas du tout! Où est-ce que vous êtes allés chercher ça? Tu es tombé sur la tête? C’est le homard à l’américaine!
Mireille: A l’armoricaine, tout le monde sait ça!
4.
Colette: De toute façon, c’est
très bon. On pourrait organiser
notre voyage autour des
spécialités régionales: le cassoulet
toulousain, la choucroute
alsacienne, la fondue savoyarde,
les calissons d’Aix
Hubert: Mais oui, ma petite
Colette. Il est vrai que la cuisine,
la confiserie, la pâtisserie, sont
parmi les plus hautes expressions
de la culture française, mais il n’y
a pas que ça! Il y a aussi les
porcelaines de Limoges, les
poteries de Vallauris, les
tapisseries d’Aubusson
Mireille: La dentelle du Puy, la
toile basque
Colette: Oh, vous m’embêtez,
vous deux, avec votre artisanat.
Ce qu’il y a de mieux, dans le
Pays Basque, c’est la pelote et le
poulet basquaise. Hubert: Poulet pour poulet, moi,
je préfère le poulet Mireille. Mireille: Oh, toi, tu m’embêtes
avec tes galanteries de basse
cuisine! Colette: La pelote, le poulet
basquaise, et le jambon de
Bayonne.
5.
Mireille: Bof! Mon oncle Guillaume, qui est un fin gourmet, prétend que le jambon de montagne qu’on trouve en Auvergne est meilleur.
Hubert: Ce qu’il y a d’intéressant en Auvergne, ce sont les eaux.
Colette: Les os de jambon?
Hubert: Ha, ha, ha, elle est bien bonne!… Les eaux thermales! Vichy, la Bourboule, le Mont-
Dore Les eaux thermales, et
les volcans.
Jean-Michel: Pfcuh… tous éteints, ces volcans!
Colette: Et depuis longtemps!
Mireille: Heureusement! Que ferions-nous de volcans en éruption dans notre douce France? La France est le pays de la raison, un pays civilisé. Les fureurs de la nature, les cataclysmes, ce n’est pas notre genre. Nous préférons le calme d’une palme qui se balance sur la mer….
6.
Robert: Une palme? La France est peut-être le paradis terrestre, mais je doute que vous ayez beaucoup de palmes en France.
Mireille: Mais si, il y a des palmiers sur la Côte d’Azur… comme en Afrique, ou en Floride.
Hubert: Il y a de tout en France, mon cher!
Robert: Sans blague? Vous avez des séquoias, par exemple?
Mireille: Des séquoias, non, bien sûr, c’est trop grand! Je viens de te dire que la France est le pays de la raison et de la mesure. Il n’y a pas de séquoias, mais dans tous les jardins publics, il y a des cèdres du Liban, ramenés par Jussieu dans son chapeau.
Hubert: Il y a aussi des séquoias; pas aussi grands que ceux de Californie, mais il y en a. Et puis, nous avons de magnifiques forêts de sapins, dans les Vosges et dans les Alpes.
Mireille: Comme au Canada ou en Norvège.
Hubert: De grandes forets de
pins dans les Landes
Jean-Michel: Pour la résine et le papier.
Hubert: Et même des chênes-
liège, comme au Portugal
Jean-Michel: Pour faire des bouchons.
Colette: Très important, les bouchons, pour le vin.
7.
Hubert: Il y a de tout, absolu
ment de tout! Du blé, comme en
Ukraine ou dans le Kansas, du
maïs comme en Hongrie ou
dans l’Iowa, du riz comme en
Chine ou au Cambodge
Robert: Du riz? Ha, ha, je ris! Du riz? Vous voulez rire! Ça m’étonnerait que vous ayez beaucoup de riz en France.
Jean-Michel: Mais si! Pour
une fois, je dois reconnaître
qu’Hubert a raison. On produit
pas mal de riz dans le sud de la
France, en Camargue. Tu as
entendu parler de la Camargue?
C’est génial. Il faudra y aller, je
suis sûr que ça te plaira: il y a des
chevaux sauvages, des taureaux
sauvages, des cowboys
Mireille: Comme au Texas!
Jean-Michel: Seulement, en Camargue, on les appelle des gardians. Mais c’est la même chose. Il y a même des flamants roses.
Mireille: Comme en Egypte.
Robert: Et de la canne à sucre, vous en avez, en France?
Mireille: Bien sûr que nous en avons! A la Martinique!
8.
Robert: Bon, admettons que vous ayez du sucre… mais est-ce que vous avez du café?
Mireille: Le café au lait au lit? Tous les matins… avec des croissants.
Jean-Michel: Evidemment, le café vient du Brésil, de Colombie, ou de Côte d’Ivoire.
Robert: Et des oliviers, vous en avez?
Mireille: Mais oui, évidemment qu’on en a, dans le Midi! Heureusement! Avec quoi est-ce qu’on ferait l’huile d’olive, l’aïoli, ou la mayonnaise?
Colette: L’huile d’olive, je n’aime pas trop ça. Ça a un goût trop fort. Chez moi, on fait toute la cuisine au beurre.
Mireille: A la maison, on fait toute la cuisine à l’huile.
Jean-Michel: Dans ma famille, qui est du Sud-Ouest, on fait la cuisine à la graisse.
Hubert: Tiens, ça me rappelle une version que j’ai faite en cinquième. C’était du César, si je ne me trompe: “Gallia omnia divisa est in partes très.”1 La France est divisée en trois parties: la France du beurre dans le Nord, la France de l’huile dans le Midi, et la France de la graisse dans le Centre et le Sud-Ouest.
Jean-Michel: Eh bien, dis donc, tu ne devais pas être très fort en version latine! Quand César dit
que la Gaule est divisée en trois parties, ça n’a rien à voir avec les matières grasses!
Hubert: Vraiment?
Jean-Michel: En fait, je vais
vous dire La vérité, c’est qu’il
y a la France du vin dans le Midi, la France de la bière dans l’Est et dans le Nord, et la France du cidre dans l’Ouest: en Bretagne et en Normandie.
Colette: Ah, le cidre! Ce que j’aime ça! J’en boirais bien une bouteille, tiens!
Hubert: Qu’à cela ne tienne!
Allons prendre un pot aux Deux
Magots! Mireille: Bonne idée! Tous: On y va!
Leçon 51
Revue et défilé
Mireille, Robert, Colette, Hubert,
et Jean-Michel s’installent à la
terrasse des Deux Magots.
Jean-Michel: C’est une drôle d’idée de venir prendre un pot ici. Vous ne trouvez pas que ça fait un peu snob, non?
Hubert: Pas du tout! Moi, je trouve ça tout à fait naturel!… Regardez, c’est le rendez-vous de l’élite intellectuelle. Et puis ça fait partie de l’éducation de Robert. C’est un café historique. (A Robert.) Ça ne vous fait pas quelque chose de penser que vous êtes peut-être assis sur la chaise de Jean-Paul Sartre?
Robert: Si, si, si! Je me suis déjà assis sur la chaise d’Hemingway à
la Closerie des Lilas Mon
postérieur est très honoré. Je vais avoir un postérieur bien frotté de littérature.
Hubert (augarçon): Garçon, une
bouteille de cidre bouché, s’il
vous plaît! Le garçon: Je suis désolé, nous
n’en avons pas, Monsieur. Hubert: Mademoiselle veut une
bouteille de cidre. Le garçon: Mais puisque je vous
dis que nous n’en avons pas,
Monsieur
Hubert: Débrouillez-vous!
Trouvez-nous du cidre… de
Normandie!
3.
A ce moment-là, Mireille, qui fait face au boulevard, s’écrie, avec le plus grand étonnement: “Tiens, comme c’est curieux!” Jean-Pierre Bourdon passe sur le trottoir. Mireille: Mais oui, c’est Jean-Pierre, lui-même! Qu’est-ce que vous faites là? Vous venez prendre un pot avec nous? Jean-Pierre: Non merci. Je regrette, mais je ne peux pas. Je suis pressé. Il y a une fille superbe qui m’attend au Club Med à la Martinique. Je me dépêche, sinon je vais rater mon avion. Ciao! Et il s’en va.
Colette: Ah ben, il n’a pas changé, celui-là. Toujours aussi puant.
4.
Une dame passe sur le trottoir avec
un chat dans les bras.
Robert (à Mireille): Tiens, dis, regarde, ce n’est pas ta marraine, ça, la dame avec le chat?
Mme Courtois (apercevant Mireille): Ma petite Minouche! Qu’est-ce que tu fais là? Tu as passé tes examens? Tu es reçue? Tu vois, moi, j’emmène Minouche en pension. Nous partons ce soir pour la Bulgarie. Il paraît que c’est formidable. Je vais faire une cure de yaourt. Mais ils n’ont pas voulu donner son visa à Minouche. Elle va s’ennuyer, la pauvre chérie, toute seule à Paris. Tu ne voudrais pas aller la voir, de temps en temps?
Mireille: Ah non, je suis désolée, je ne pourrai pas. Nous partons tous demain matin à l’aube.
5.
Hubert (augarçon): Alors, cette bouteille de cidre?
Le garçon: Oui, Monsieur, je m’en occupe.
Hubert: Du cidre normand, hein?
Et le garçon se dirige vers une autre
table.
Mireille: Eh, pas possible, mais c’est Ghislaine! Ghislaine, où vas-tu comme ça?
Ghislaine: Je pars en Angleterre, à Brighton, Bruce m’attend. Bye, je t’enverrai des cartes postales!
Hubert (augarçon): Notre cidre?
Le garçon: Tout de suite, Monsieur, je vous l’apporte.
Et le garçon se dirige vers une autre
table
Deux jeunes gens passent à vélo.
Colette (à Mireille): Dis donc, ce n’est pas ta soeur, là-bas, sur ce magnifique vélo de course à dix vitesses?
Mireille: Mais si, c’est Cécile et son mari! Quelle surprise et quelle coïncidence! Cécile!… C’est à vous, ces vélos?
Cécile: Oui, on vient de les acheter au B.H.V. On part demain au Portugal.
Mireille: A vélo?
Cécile: A vélo.
Colette: Rapportez-moi une bouteille de porto. Je vous rembourserai. (Aux autres.) Il paraît qu’il est pour rien là-bas.
Hubert (augarçon): Ce cidre? On commence à avoir soif!
Le garçon: Une minute, Monsieur!
Mireille: Là-bas, dans la petite 2CV qui vient de s’arrêter au feu rouge, avec les cannes à pèche et les valises sur la galerie … Eh, Tonton Victor, tu vas à Brest?
Oncle Victor: Non, je vais à Bordeaux.
Hubert: C’est dommage qu’il n’aille pas en Bretagne. On aurait pu lui demander de nous la rapporter, cette bouteille de cidre.
Colette: Ah, non! Moi, je tiens à mon cidre de Normandie.
Hubert: Dites donc, garçon, ce cidre, ça vient?
Le garçon: Certainement, Monsieur.
8.
Un peu plus tard….
Mireille: Comme c’est curieux, comme c’est bizarre!… Mais oui, c’est tonton Guillaume dans ce vieux tacot!… Eh, Tonton Guillaume, qu’est-ce que tu as fait de ta 604?
Oncle Guillaume: Je l’ai
vendue Je suis ruine, ma
pauvre petite Mireille! J’ai tout perdu à la roulette, au casino à Monte-Carlo. II ne me reste rien. J’ai besoin de changer d’horizon. Je vais refaire ma vie. Je pars pour Katmandou. Il paraît qu’on peut y vivre pour trois fois rien….
Mireille: Pauvre Tonton Guillaume! Tu veux que je te prête mon sac de couchage?
Oncle Guillaume: Non, merci, tu es gentille… mais ce n’est pas la peine. Je file!
9.
Robert: Tiens, il me semble que
je reconnais ces belles jambes
musclées! Colette (intéressée): Où? Où? Où
ça?
Robert: Là, le type sur le Vélosolex! Qu’est-ce qu’il a fait de son Alpine 310, celui-là?
Mireille: Lui? Il n’a jamais eu d’Alpine. Il est fauche comme les blés. Il n’a pas un rond. Hé! Ferscn, où est-ce que tu vas comme ça?
Le beau Suédois: Je pars pour la Grèce. Delphes, le théâtre
d’Epidaure, le Parthénon Et
vous, vous partez, non?
Mireille: Oui, demain, à l’aube.
Colette: Dès qu’on aura bu notre cidre.
Le beau Suédois: A votre santé! Skoal!
Hubert (augarçon): Alors, ce cidre?
Le garçon: Oui, oui, il arrive.
10.
Arrive un magnifique cabriolet
décapotable….
Mireille: Mais pincez-moi, dites-moi que je rêve! Ce n’est pas
possible Mais non, il n’y a pas
d’erreur! C’est bien clic!
Hubert: Qui?
Mireille: Mais si, c’est elle!
Colette: Mais qui?
Mireille: Là-bas, dans le cabriolet bleu-pâle, avec les lunettes de soleil, et la grande écharpe de Balenciaga…
Robert: Mais qui, enfin?
Mireille: Mais là, vous ne voyez pas? Dans la décapotable, à côté du beau type brun tout bronzé, avec la chemise en soie de chez Bronzini, et le collier de barbe noire et les lunettes noires!
Colette: Ah, il n’est pas mal, le beau ténébreux, mais qui est la nana?
Mireille: La nana! Tu ne la reconnais pas? Mais, c’est ma tante Georgette, voyons!
Colette: Non, pas possible!
Mireille: Mais si, je t’assure! C’est ma tante Georgette!
11.
Mireille se lève et s’approche de la décapotable.
Georgette (apercevant Mireille): Houhou, Mireille! Tu ne devineras jamais ce qui m’arrive. Je te le donne en mille!
Mireille: Puisque je ne devinerai jamais, dis-le moi tout de suite!
Georgette: Tu n’as pas lu, dans les journaux? J’ai gagné le gros lot à la loterie!
Mireille: Ce n’est pas vrai! Mais comment ça? Tu achètes des billets, maintenant?
Georgette: Penses-tu! Il y a longtemps que je n’en achète plus. Je ne gagnais jamais! C’est un billet que Fido a trouvé pendant que je le promenais le long de la grille du Luxembourg. C’est un drôle de numéro: rien que des 9: 99.999.999. Cinq cent mille balles qu’il a gagnées, ce numéro!… Et le lendemain, j’ai retrouvé Georges! Nous partons vivre notre vie en Orient: nous allons en Inde, nous allons nous fiancer au Taj-Mahal, puis nous irons en Iran respirer les roses d’Ispahan. Ce n’est pas enivrant, tout ça?
12.
Mireille (qui a rejoint les autres):
Elle va se fiancer au Taj-Mahal! Hubert: A son âge, c’est délirant!
… Alors, garçon, ce cidre
normand? Le garçon: Le voilà, Monsieur. Colette: Enfin! Jean-Michel: Ce n’est pas trop
tôt! Hubert: Nous avons failli
attendre, comme dirait Louis
XIV! Mireille: Mieux vaut tard que
jamais, comme dirait ma tante
Georgette. Robert: Tout vient à point à qui
sait attendre, comme dirait ma
mère. Hubert (augarçon): Donnez-nous
vite cette bouteille. Nous allons
la déboucher nous-mêmes. Le garçon: Mcficz-vous, c’est du
mousseux, Monsieur!
Hubert: Tenez, Robert. A vous l’honneur. Attention de ne pas faire sauter le bouchon. Allez-y doucement.
13.
Robert sollicite le bouchon avec des précautions infinies mais pourtant insuffisantes. Le bouchon saute. Une gerbe de cidre mousseux inonde la veste en seersucker de Robert et la jupe rouge de Mireille. Le bouchon vient frapper en plein visage le garçon qui laisse tomber son plateau. Les verres se cassent en mille morceaux. Le bouchon continue sa trajectoire au-dessus de deux groupes de consommateurs et vient frapper en plein front un monsieur qui se lève et s’enfuit
précipitamment en renversant deux ou trois chaises, et en abandonnant sur sa table une tasse de café noir, des lunettes noires, et un carnet d’où s’échappent plusieurs photos … et dont les pages sont noircies de notes. En haut de la première page, on peut lire: Mireille Belleau, 18, rue de Vaugirard, Paris, 6èmc. Etudiante en histoire de l’art. Attention, elle fait du karaté. Il faut absolument la surprendre seule le plus vite possible. Malheureusement, elle est presque toujours accompagnée d’un grand jeune homme brun. Plan d’attaque: (illisible, illisible).
Malheureusement, le reste des notes est absolument indéchiffrable.
Leçon 52
Tout est bien qui finit bien… ou mal
i.
Le lendemain matin, Jean-Michel et Robert se retrouvent Place Vavin. Jean-Michel: Il y a longtemps
que tu es là? Robert: Non, je viens d’arriver. Jean-Michel (montrant le sac de
Robert) : C’est tout ce que tu
emportes? Robert: Oui, j’aime voyager
léger. Tu es bien chargé, toi!
Qu’est-ce que c’est que ça? Jean-Michel: Une tente. Hubert
en apporte une aussi, comme ça
on pourra camper si on trouve
un endroit sympa Tiens, les
voilà!
2.
En effet, la Méhari arrive avec Hubert, Colette, et Mireille. Tous: Salut, ça va? Mireille: Ça fait longtemps que
vous êtes là? Jean-Michel: Non, on vient
d’arriver. Où est-ce que je mets
tout ça? Hubert: Par là. On va prendre un
petit café avant de partir? Mireille jette un coup d’oeil au petit café sur la place, et aperçoit l’homme en noir, caché derrière son journal. Mireille: Non, non, on n’a pas
le temps… tout à l’heure, sur la
route, plus tard Allez, hop, en
voiture! On part!
3.
Jean-Michel: Comment est-ce
qu’on se met? Colette: Eh bien, les garçons
devant, Mireille et moi derrière. Hubert: Non, non, il n’y a pas
assez de place devant; ça va me
gêner pour conduire. Mireille,
qui est petite, devant, et les autres derrière.
Colette: Non, on va être serrés comme des sardines! Jean-Michel devant, et Robert avec nous derrière.
Mireille (secrètement inquiètey cherchant à accélérer le départ) : Allez, allez, vite, tout le monde en voiture, dépêchez-vous!
Hubert: Bon, alors ça y est, tout le monde y est? On n’a rien oublié?
Mireille: Non, non, vas-y!
Colette: Allons-y!
Et ils y vont; la Méhari Azur
démarre bruyamment.
4.
Jean-Michel a pris le volant. Au premier croisement, il oblique vers la gauche.
Hubert: A droite, voyons! Jean-Michel: Mais non, c’est à
gauche! Hubert: Je vous dis que c’était à
droite qu’il fallait aller! Jean-Michel: Mais non, mais
non, mais non, à gauche! Mireille: Passe-moi la carte.
… Oui, eh bien, à droite ou à
gauche, ça revient au même!
5.
A l’arrière de la voiture, Mireille étudie dans le guide la description des musées et des églises de Rouen. Colette est plongée dans le Gault et Millau, pour découvrir les meilleurs restaurants de la région. Devant, Hubert et Jean-Michel discutent politique, avec de grands gestes. Hubert: Marx! Marx! Mais Marx
vivait au siècle dernier, mon cher
ami! Colette: Ah, là, j’ai un restaurant
qui a l’air très intéressant…
spécialité de sole normande
Jean-Michel (poursuivantsa
discussion avec Hubert) : On croit
rêver!
Colette: Canard rouennais
Hubert: Mais c’est faux,
archifaux!
Colette: Poulet Vallée d’Auge
Hubert: Mais c’est vous qui
raisonnez comme une casserole,
mon cher ami!… Ah, voilà
Rouen!
6.
Ils entrent dans la ville par des rues
étroites et pittoresques, passent
sous le Gros Horloge, et arrivent
sur la place du Vieux Marché.
Hubert, debout à l’avant de la
voiture, fait le guide.
Hubert: C’est sur cette place qu’on a brûlé Jeanne d’Arc sur un bûcher.
Robert: J’aurais aimé vivre à cette époque.
Jean-Michel: Tu te sens une vocation pour le bûcher?
Robert: Non, au contraire. J’ai une vocation de pompier. J’ai toujours rêvé d’être pompier. Je me vois très bien arrivant sur mon cheval (les pompiers étaient à cheval à l’époque, je suppose) avec un magnifique casque d’argent, plongeant dans la fumée et sauvant Jeanne d’Arc des flammes.
Hubert: Vous auriez saboté la formation de la nation française!
Jean-Michel: Quelle bêtise!
La formation d’une nation est
due à des raisons purement
économiques. Hubert: Matérialisme débile!…
Où va-t-on pouvoir se garer?
7.
Une fois la Méhari garée près de l’église Saint-Maclou, pas très loin de la cathédrale, Hubert commence à s’intéresser sérieusement à la question du déjeuner. Hubert: Alors, Colette, où est-il,
ce fameux restaurant? Colette: Il ne doit pas être loin
d’ici Attends, je vais voir
(Elle regarde le guide.) Quel jour
on est, au fait? Mardi? Ah, zut!
Ça alors! Tous: Quoi? Colette: Il est fermé le mardi.
Qu’est-ce qu’on va faire? Hubert: Ce n’est pas grave. On
n’a qu’à aller ailleurs. Colette: Dommage, quand
même. Mireille: Ecoutez, j’ai une idée:
on va acheter des provisions, et
on va aller pique-niquer sur les
bords de la Seine! Jean-Michel: Bonne idée! Mireille: Bon, alors, allez visiter
la cathédrale; il est midi et demie
… je m’occupe des provisions. Il
faut que je me dépêche avant que
tous les magasins soient fermés!
Rendez-vous à une heure devant
la cathédrale. Hubert: Parfait. Nous, allons
visiter. Robert (à Mireille): Je viens avec
toi.
8.
Robert et Mireille, seuls dans une
rue de Rouen.
Robert: Tu t’amuses, toi?
Mireille: Ben, oui!
Robert: Pas moi. J’en ai assez d’entendre Hubert et Jean-Michel discuter, et Colette lire des menus. Ecoute, laissons-les et partons tous les deux, seuls!
Mireille: Robert! On ne va pas faire ça, voyons!
Robert: Pourquoi?
Mireille: Parce que!
9.
Ils font quelques pas en silence. Ils passent devant un café, et, à la terrasse de ce café, Mireille aperçoit .. .qui?
L’homme en noir, caché derrière un
journal
Mireille: Tu vois le café, à gauche? Ne te retourne pas.
Robert: Eh bien, qu’est-ce qu’il a de spécial, ce café?
Mireille: Rien, mais je viens d’y voir un type que j’ai déjà vu ailleurs.
Robert: Quelqu’un que tu connais?
Mireille: Non Tu te
souviens, le jour où on est allés au cinéma? Je t’ai attendu dans
un café Eh bien, ce type était
assis à côté de moi. C’est le même.
Robert: Sans blague! Tu es sûre?
Mireille: Oui, mais le plus inquiétant, c’est que je l’ai vu ce matin, place Vavin, avant qu’on parte, au café où Hubert voulait aller.
10.
Robert: Tu as rêvé!
Mireille: Mais non, je suis sûre que c’est lui et je suis sûre de l’avoir vu ailleurs aussi. Tu te souviens, le jour où on est allés à la Samaritaine … on a voulu prendre un taxi, et il y avait quelqu’un dedans…. Eh bien, c’était lui, j’en suis sûre!
Robert: Tu crois? Tu l’as reconnu?
Mireille: Oui!
Robert: Comment est-il?
Mireille: Il est habillé tout en noir, et il a un tic dans les yeux: il cligne constamment des yeux.
Robert: Ça, alors!
Mireille: Quoi?
Robert: Un type tout en noir,
qui cligne des yeux Tu sais, le
jour où on est allés faire des courses à la Samaritaine? En revenant, j’ai pris un taxi avec un chauffeur complètement dingue,
tellement que j’ai été obligé de
sauter du taxi en marche Eh
bien, maintenant que j’y pense, ce chauffeur était habillé tout en noir, et clignait des yeux comme un fou!
11.
Mireille: Tu es sûr?
Robert: Oui Et le jour où on
est allés à la Closerie des
Lilas Quand je suis allé
téléphoner, il y a un type tout en noir qui m’a suivi, je suis sûr que c’est le même. Et plus tard, je l’ai revu quand j’étais au Luxembourg avec Marie-Laure.
Mireille: Et Marie-Laure, qui parle toujours d’un homme en noir quand elle raconte ses histoires à dormir debout.
… C’est peut-être vrai
Elle n’inventait pas Mais
qui c’est? Qu’est-ce qu’il veut? Pourquoi il nous suit? Et qui est-ce qu’il suit, d’abord? Toi ou moi? Il est de la police? C’est un terroriste? Pourquoi tu es venu en France? Tu as tué quelqu’un? Tu es un terroriste? Tu fais du trafic de drogue?
Robert: Non— C’est peut-être toi qu’il suit.
12.
Mireille: Robert, je crois que j’ai peur. J’ai peur parce que je ne comprends pas. Qu’est-ce qu’on va faire?
Robert: Il faut partir tout de suite.
Mireille: Oui, c’est ça, allons rejoindre les autres!
Robert (qui a de la suite dans les idées) : Non, il faut partir sans les autres.
Mireille: Pourquoi?
Robert: Réfléchis! Si le type nous a suivis jusqu’ici, c’est qu’il nous a vus partir ce matin dans la Méhari. Il faut laisser partir les autres avec la Méhari, et partir de notre côté. Allez, viens vite!
13.
Robert et Mireille courent jusqu’à
la Méhari. Ils prennent leurs sacs et
laissent un mot sur le pare-brise:
“Des circonstances imprévues et
impératives nous obligent à vous
quitter. Continuez sans nous. Bises.
M. et R.”
Robert: Tu as ton sac?
Mireille: Oui. Tu as le fric?
Robert: Quoi?
Mireille: Le fric, l’argent…
l’argent de la loterie.
Robert: Oui Prends-en la
moitié. Mireille: Non, j’aurais peur de
le perdre. Robert: On ne sais jamais ce qui
peut arriver! Prends-en la moitié.
… Filons! Mireille: Où on va? Robert: Je ne sais pas.
L’important, c’est de partir d’ici
le plus vite possible. Allez, viens! Et ils partent en courant à travers les vieilles rues de Rouen.
14.
Mireille (essoufflée): Faisons du
stop! Le premier camion qui passe, s’arrête. Le chauffeur: Bonjour, vous
allez où? Mireille: Et vous? Le chauffeur: En Turquie. Mireille: Nous aussi! Le chauffeur: Eh bien, ça,
c’est une coïncidence! Eh bien,
montez! Allez-y! Mireille: Merci! Dix minutes après, le camion passe devant un aéroport. Robert aperçoit un petit avion qui semble prêt à partir. Il demande aussitôt au chauffeur d’arrêter. Robert: Vous pouvez nous
arrêter? Le chauffeur: On n’est pas
arrivé! Robert: Je sais, mais j’ai oublié
ma brosse à dents! Le chauffeur: Ah, dans ce
15.
Le camion s’arrête. Robert et Mireille descendent et courent vers l’aéroport. Robert s’approche du petit avion, discute avec le pilote, essaie d’être persuasif. Il sort un paquet de billets qu’il met dans les mains du pilote ahuri (car Robert est un garçon honnête, même quand il est pressé). Robert: Ça, c’est pour l’essence … et ça, c’est pour l’assurance. Et les voilà tous les deux dans l’avion, avant que le pilote ait bien compris ce qui se passait. Robert essaie tous les boutons, pousse, tire… par miracle, le moteur commence à tourner, l’avion démarre et, après quelques hésitations bien compréhensibles, accepte de décoller. Mireille: Tu sais piloter? Robert: Un peu— Il nous suit? Mireille regarde derrière eux et ne voit pas trace de l’homme en noir.
16.
Robert fonce, droit devant lui.
Mireille: Tu sais où tu es?
Robert: Non, je suis complètement perdu! Regarde! Qu’est-ce que tu vois?
Mireille: Je crois que je vois le Mont-Saint-Michel. Mais oui, c’est le Mont-Saint-Michel.
Robert: Qu’est-ce que je fais?
Mireille: Je ne sais pas. Va vers la droite.
Robert: Bon, regarde. Qu’est-ce que tu vois maintenant?
Mireille: Un château On
doit être au-dessus des châteaux de la Loire. Oui, c’est ça. Ça, ça
doit être Chinon Azay-le-
Rideau. Ça, c’est Cheverny… Chambord. Ça, je crois que c’est Valençay.
Robert: Là où on fait le fromage de chèvre?
Mireille: Oui, c’est ça.
17.
Robert: Qu’est-ce que tu vois maintenant?
Mireille: Attends. Je vois des volcans.
Robert: Eteints?
Mireille: Oui, bien sûr. On doit être au-dessus du Massif Central.
Robert: Et maintenant?
Mireille: Je vois une ville fortifiée. C’est Carcassonne! On est dans le Midi! Mais oui, on est dans le Midi, je vois des arènes gallo-romaines. Ça, ça doit être Nîmes… ou Arles….
Robert: Qu’est-ce que je fais?
Mireille: Tourne vers la droite. On est au-dessus de la Côte d’Azur. Oui, oui, c’est la Méditerranée. Maintenant je vois des montagnes. Ce sont les Alpes … oui, sûrement. Ça doit être le Mont Blanc. Ça, ça doit être les
gorges du Verdon Mais
qu’est-ce que tu fais? On redescend vers le sud. Voilà la mer de nouveau. Les calanques de Cassis. Des chevaux… c’est la Camargue! Mais où vas-tu? On est sur les Pyrénées, maintenant!
18.
Robert: Qu’est-ce qu’on fait? On passe en Espagne?
Mireille: Non, non, remonte vers le Nord. On est sur l’Atlantique, maintenant. Je vois
la Rochelle On est au-dessus
de la Bretagne Une cathé
drale Mais c’est Notre-Dame!
On est au-dessus de Paris. Une autre cathédrale. Je crois que c’est Amiens… Reims. Tiens, Strasbourg! On est en Alsace! Attention, on va passer en Allemagne! Tourne, tourne,
reviens en arrière Des vignes!
On est en Bourgogne!
Robert: Eh bien, dis donc, on peut dire qu’on a parcouru l’Hexagone… dans tous les sens!
Mireille: Avec tous les zigzags qu’on a faits, l’homme en noir ne risque pas de nous retrouver.
Robert: Ah, ça non!
Le petit avion descend dangereusement.
Mireille: Remonte, remonte. Attention! Attention, remonte, remonte!
19.
Robert réussit à remonter, mais juste à ce moment-là, un avion à réaction traverse le ciel. Robert, qui a l’esprit vif, a tout de suite compris que c’est l’homme en noir. Robert: Zut, c’est lui, il nous a
rattrapés! Mireille: Qu’est-ce qu’on fait? Robert: On descend… de toute
façon, il n’y a plus d’essence. Mireille: Attention, il paraît que
c’est l’atterrissage qui est le plus
dangereux! Robert: Ne t’inquiète pas! On va
se poser comme un papillon!
20.
Robert arrive à poser l’avion au milieu d’un champ. Robert et Mireille sautent de l’avion et se dirigent vers une route qu’ils aperçoivent pas très loin. Robert: Enfin seuls! Ça repose— Ils arrivent à la route et voient un panneau indicateur. Robert lit Lyon, et ajoute (car il commence à avoir une grande culture) : “Lyon … la capitale gastronomique de la France…. On y va?” Mireille: Allons-y! Il n’y a qu’à faire de l’auto-stop! Une dame, qui conduit une toute petite voiture, s’arrête. La dame: Vous allez où? Mireille: A Lyon. La dame: Et où, à Lyon? Mireille: A la gare. La dame: C’est justement mon
chemin. Mireille: Merci. Et la dame emmène Robert et Mireille dans sa toute petite voiture, et les laisse devant la gare de Lyon.
21.
Robert: Cette fois, je crois que ça y est, on l’a semé! Qu’est-ce qu’on fait?
Mireille: On prend le premier TGV pour Marseille; on va quelque part sur la Côte; tranquilles, au soleil… on va se reposer de nos émotions!
Robert: Chouette! J’ai toujours voulu prendre le tgv!
Dans le tgv, ils se laissent aller à
une douce béatitude.
Mireille {posant sa main sur celle
de Robert): J’ai vraiment eu peur.
Je suis bien contente que tu aies
été là. Le haut-parleur annonce: “Mesdames et Messieurs, nous venons d’atteindre notre vitesse de pointe de 270km/h.” Robert: A la vitesse où on va, ça
m’étonnerait qu’il puisse nous
rattraper! Mais Robert et Mireille ne voient pas que l’homme en noir, caché par son journal, est là, juste derrière eux.
22.
Le Carlton, à Cannes, l’après-midi. Robert et Mireille ont pu avoir deux belles chambres avec balcon donnant sur la mer: vue imprenable sur la plage, les palmiers, et la Méditerranée. Mireille s’installe dans sa chambre et commence à peigner ses cheveux, qui sont longs et fins, devant la fenêtre ouverte. Robert s’avance vers son balcon, perdu dans la contemplation du ciel, qui est bleu comme les yeux bleus de Mireille.
Robert (separlant à lui-même):
Quel beau temps! M i re i lle (continuant à peigner ses
cheveux blonds): Robert! Mais Robert ne l’entend pas. Toujours perdu dans la contemplation du bleu de la mer et du ciel, il
continue à avancer
Robert: Quelle mer! Quel ciel!
Pas un nuage! Mireille, un peu étonnée de ne pas avoir de réponse, arrête de se peigner un instant. Mireille: Robert?
23.
Toujours pas de réponse. Sérieusement inquiète, cette fois, elle se lève, se précipite sur le balcon, se penche… et voit Robert étendu par terre.1
Un infirmier et une infirmière le mettent dans une ambulance qui démarre dans un grand bruit de sirène.
“Ce n’était pas l’hélicoptère de la gendarmerie, mais ils remmènent sûrement à l’hôpital,” pense Mireille, car elle a toujours l’esprit aussi vif. “Pourvu qu’il n’ait que des contusions légères,” pense-t-elle encore, car elle manie aisément le subjonctif.
24.
A l’hôpital. Robert est dans son lit, bandé des pieds à la tête. Mireille a mis une blouse blanche d’infirmière. Elle joue les infirmières avec beaucoup de talent. Elle fait boire un peu de thé à Robert. Mireille: Ce n’est rien. Ce n’est pas aussi grave que ça aurait pu
l’être Ça va aller mieux! (Elle
regarde sa montre.) Quelle heure est-il? Oh, 8 heures, déjà! Il faut que je rentre à l’hôtel. Tu n’as besoin de rien? Surtout sois sage, et sois prudent, et ne fais pas de bêtises! Et elle s’en va, sa blouse d’infirmière sous le bras.
Elle s’arrête, terrifiée. L’homme en
noir aussi s’est arrêté. Il la regarde.
Lentement, il met sa main droite
dans la poche intérieure de sa veste.
Mireille a fermé les yeux. Quand
elle les rouvre, elle voit que
l’homme en noir lui tend… une
carte de visite.
L’homme en noir: Mademoiselle
… permettez-moi Ça fait un
mois— Excusez-moi, je ne me
suis pas présenté Oui, ça fait
un mois… que dis-je? Permettez-moi de… Fred Barzyk, cinéaste. … Je dois tourner un film pour enseigner le français. Voilà, je vous observe depuis… ça fait un mois que je cherche à vous aborder… parce que je cherche … voyez-vous… une jeune fille … bien française, jolie… fine, distinguée… pour le rôle principal, n’est-ce pas… et vous êtes exactement ce qu’il faut! J’espère que vous voudrez bien accepter le rôle!
Mireille: Ah, Monsieur.. .mais c’est le plus beau jour de ma vie! J’ai enfin réalisé le rêve de mon enfance: être infirmière… et actrice! Quel bonheur!
26.
Dans sa chambre d’hôpital, le pauvre Robert s’ennuie. Il écoute la radio pour passer le temps. Il dort à moitié… mais tout à coup, il se réveille: “Nous apprenons à l’instant qu’une bombe vient d’éclater à l’hôtel Carlton. L’immeuble est en flammes. On ignore s’il…”
Robert se lève comme un ressort. Il bondit vers la porte, s’arrête, arrache ses bandages, met son pantalon, et se précipite dans la rue. Juste à ce moment, un camion de pompiers, qui roule à toute vitesse, passe devant l’hôpital. Robert court et, se prenant pour Tarzan, saute sur le camion, qui va évidemment au Carlton.
Robert cherche des yeux la grande échelle et une fenêtre qui crache des flammes et de la fumée pour y plonger, mais il ne voit que de la fumée. Il s’élance alors, sans regarder ni à droite, ni à gauche,
pour se précipiter dans la fumée, mais un pompier l’arrête: “Non, il faut un casque! Le port du casque est obligatoire.”
Qu’à cela ne tienne! Robert prend le casque du pompier et plonge héroïquement dans la
fumée Quelques minutes plus
tard, il réapparaît, traîné par Mireille, à moitié évanoui.
27.
Ça doit être une erreur: ils ont dû se tromper de scénario! Est-ce que ce ne serait pas plutôt Robert qui devrait sortir de la fumée en portant Mireille évanouie dans ses bras? Mais oui, mais oui, c’est ça!… Allez, on recommence! Ils disparaissent de nouveau dans la fumée, et réapparaissent quelques minutes plus tard, Robert portant triomphalement Mireille, évanouie ou souriante, dans ses bras.
C’est le soir. La fumée a disparu. Le soleil se couche sur la mer. Des lumières s’allument tout le long de la côte. C’est vraiment une très belle soirée de printemps. Un couple qui se tient par la main s’éloigne sur la plage. C’est sûrement Mireille et Robert, qui s’en vont vers de nouvelles aventures.